Ago Christian Kodia (DG ONECI) : « Dès l’âge de 5 ans, les enfants peuvent bénéficier d’une carte nationale d’identité en Côte d’Ivoire »

Est-ce que le NNI peut justement aider à détecter ou relever ces cas de fraudes ?

Ago Christian Kodia (DG ONECI)  « Dès l’âge de 5 ans, les enfants peuvent bénéficier d’une carte nationale d’identité en Côte d’Ivoire »

Ago Christian Kodia (DG ONECI)  « Dès l’âge de 5 ans, les enfants peuvent bénéficier d’une carte nationale d’identité en Côte d’Ivoire »

À la 6ᵉ édition de la Journée de l’identité ou ID Day, autour du thème : « Mon identité, mon parapluie », Ago Christian Kodia, directeur général de l’Office national de l’état civil et de l’identification de Côte d’Ivoire (ONECI), a accordé une interview exclusive à Digital MAG. Il revient sur les enjeux de l’identité juridique en Côte d’Ivoire, la carte d’identité pour les enfants dès 5 ans, la digitalisation de l’état civil et la sécurisation des données via le NNI.

En quoi l’identité représente-t-elle un « parapluie » pour un individu ?

Comme on le sait tous, le parapluie est un instrument avec lequel l’on se protège lorsqu’il y a trop de soleil ou lorsqu’il y a la pluie. Le parapluie symbolise donc la protection. Ce qu’il faut savoir, c’est que si vous n’avez pas d’identité, vous ne pouvez pas faire valoir vos droits. Et lorsque vous souhaitez accéder, par exemple, aux services sociaux, la première des choses que l’on vous demande, c’est votre identité.

Plusieurs actions ne peuvent être effectuées sans qu’on ne connaisse votre identité. C’est d’ailleurs votre identité qui va permettre à l’Etat de vous assister et de vous aider en cas de besoin. Par conséquent, le fait d’être sans identité expose les gens, et nous, à l’ONECI, on veut que les Ivoiriens et ceux qui vivent en Côte d’Ivoire soient sous le parapluie de l’identité pour qu’ils puissent se déplacer tranquillement, bénéficier de la protection de l’Etat et faire valoir leurs droits.

 

Quelles sont les actions que vous, à l’ONECI, vous menez pour que l’identité de l’individu soit véritablement un parapluie pour lui ?

Nous avons mis en place cette initiative aujourd’hui (Journée de l’Identité, NDLA) pour marquer le coup. Cette journée du 16 septembre est une date que nous défendons. Les Nations unies, également, font la promotion de cette journée pour le développement humain global. Mais, de façon pratique, l’ONECI est actuellement en train de moderniser tous les centres d’état civil. Nous sommes donc à près de 90 % des centres d’état civil qui sont connectés désormais à un seul système qui est le Registre national des personnes physiques (RNPP).

Ce registre nous permet de résoudre de nombreux cas d’apatridie et de garantir que chaque citoyen dispose d’une identité légale dès sa naissance. Cette année, nous avons mis un point d’honneur à intégrer les personnes en situation de handicap, pour montrer que l’identité légale est un droit pour tous, sans distinction. Parallèlement, nous poursuivons les efforts afin que chaque citoyen soit identifié et dispose d’un Numéro national d’identification (NNI) rattaché au RNPP. C’est une priorité nationale.

En termes d’inclusion vous avez évoqué, tout à l’heure, le fait que les enfants auront désormais une identité numérique. Comment cela va-t-il se faire ?

Le premier élément, c’est l’état civil. Aujourd’hui, nous avons fait en sorte qu’à partir de 5 ans, on puisse bénéficier d’une carte nationale d’identité, parce qu’à cet âge, la biométrie de l’individu n’évolue plus. La carte d’identité, qu’il s’agisse de la carte de résident ou de la carte nationale d’identité, intègre des composants électroniques qui facilitent la numérisation de l’identité et l’accès aux services digitaux.

À travers cette mesure, nous comblons un vide. Les enfants d’aujourd’hui sont les adultes de demain. Il est essentiel qu’ils grandissent avec une identité numérique solide. Le monde évolue, les usages se digitalisent, nous devons savoir qui est qui, et qui fait quoi. C’est une manière de renforcer la protection des citoyens, en particulier des plus jeunes. C’est dans cette optique que nous menons cette campagne.

On sait que pour établir une carte d’identité, le requérant doit signer. Un enfant de 5 ans qui ne sait pas bien écrire, comment peut-il signer un document aussi important ?

Vous savez aujourd’hui, la question de la signature a été déportée et même numérisée. L’empreinte digitale nous rend unique à travers les systèmes. Donc, le seul fait de collecter une empreinte est une signature que nous transformons. Tout le système est fondé sur l’empreinte digitale de l’enfant qui ne va pas changer durant toute sa vie, contrairement a une signature qui est susceptible d’être modifiée ou changée.

Tout autre chose. Lors de la proclamation de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle, certaines candidatures ont été invalidées par le Conseil constitutionnel pour cause de faux numéro d’identité. Comment l’ONECI explique cela ?

Vous savez que les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles ni recours ni de commentaires. Donc, je ne veux pas me hasarder à faire un commentaire sur la question. Toutefois, je vais expliquer de façon technique ce que nous pouvons constater. De façon technique, un numéro qui ne correspond pas au numéro d’identité, n’est pas forcément un faux numéro. Par exemple, une erreur sur l’orthographe d’un nom, « Houphouët » au lieu de « Houfouet », peut suffire à invalider l’identification. C’est ce qui pourrait se passer. Il faut être sûr que le NNI ou toute autre donnée que nous inscrivons corresponde bien à celui à qui le NNI appartient.

Est-ce que le NNI peut justement aider à détecter ou relever ces cas de fraudes ?

Le NNI a, en effet, été mis au point pour cela. Sur le NNI, nous accrochons l’identité unique d’une personne à partir de ses attributs biométriques. Ces attributs sont unifiés pour permettre à tous les systèmes de les utiliser et faire en sorte que les gens puissent le consommer. Nous, on donne une référence qui est le NNI. Il doit absolument ramener à vos attributs biométriques. C’est donc à travers cette méthode que les identités sont sécurisées afin de limiter les cas et risques d’usurpation.

En termes de perspectives, est-ce que l’interopérabilité entre l’ONECI et des structures telles que la CEI et le Conseil constitutionnel, par exemple, est envisagée ?

L’ONECI est à la disposition de toutes les organisations publiques et privées. Toutes les personnes qui nous contactent pour des besoins d’identification, que ce soit pour des questions de sécurisation ou d’utilisation, nous sommes à leur disposition. Nous sommes à la disposition de la Compagnie d’électricité, des banques, de tous les services comme ce que nous faisons avec l’IPS-CGRAE ou la CNAM. Nous sommes à la disposition de tous les citoyens pour protéger leur identité et assurer la fiabilité de leurs informations. Nous sommes ouverts à tous. On n’a pas besoin d’être un organisme comme le Conseil Constitutionnel pour nous contacter.

 

Interview réalisée par Ornella Izaï

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