Depuis le 5 janvier 2026, une nouvelle annexe fiscale impose aux plateformes étrangères de commerce en ligne ou l’industrie du e-commerce opérant à distance en Côte d’Ivoire un impôt inédit, assorti de sanctions renforcées.
Les taxes des revenus tirés par les plateformes du e-commerce
La taxation des revenus tirés par les plateformes de commerce en ligne non résidentes constitue une préoccupation majeure pour les juridictions de marchés. Les règles classiques, fondées sur la présence physique, ne permettent plus de capter les bénéfices générés par des services rendus à distance.
C’est pourquoi la Côte d’Ivoire a introduit un dispositif reposant sur la « présence économique significative » et l’« établissement stable virtuel ». L’objectif est d’imposer les revenus que ces plateformes tirent des prestations vendues aux consommateurs ivoiriens, à l’instar de ce qui se pratique déjà dans plusieurs pays.
Taxation fondée sur la présence économique significative
Le dispositif prévoit que l’impôt est dû dès lors que la plateforme réalise un chiffre d’affaires en Côte d’Ivoire au moins égal à 50 millions de francs. Le taux est fixé à 30%, mais appliqué non pas sur le bénéfice réel, difficile à vérifier à distance, mais sur un bénéfice forfaitairement déterminé à 10% du chiffre d’affaires. Autrement dit, si une plateforme réalise 100 millions de francs de ventes en Côte d’Ivoire, l’administration considère que son bénéfice imposable est de 10 millions, et prélève 30% de ce montant, soit 3 millions. Ce mécanisme simplifie le calcul et garantit une base minimale d’imposition, même si les marges réelles peuvent être supérieures ou inférieures.
L’articulation avec l’article 92 du Code général des Impôts
L’article 92 du Code général des Impôts prévoit déjà une retenue à la source sur les prestations rendues par des entreprises étrangères. Concrètement, lorsqu’une société non résidente facture un service à un client ivoirien. Une partie du montant payé est directement prélevée par l’administration fiscale avant même que la société ne reçoive son revenu. Ce mécanisme est une garantie pour l’État, mais il ne tient pas compte de la spécificité des plateformes numériques qui réalisent des volumes importants de transactions.
Avec l’annexe fiscale 2026, cette retenue à la source ne disparaît pas : elle devient déductible de l’impôt sur les bénéfices calculés selon le nouveau dispositif. En pratique, cela signifie que si une plateforme a déjà subi une retenue lors du paiement de ses prestations, ce montant vient en diminution de l’impôt calculé sur le bénéfice forfaitaire (10% du chiffre d’affaires, imposé à 30%). Ce système évite une double taxation et assure une cohérence entre les deux régimes. Il instaure une complémentarité : la retenue à la source continue de jouer son rôle de prélèvement immédiat, tandis que l’impôt sur les bénéfices permet de capter plus largement la valeur créée par les plateformes numériques.
Cas d’école des plateforme e-commerce : Alibaba, Amazon et Shein
Pour illustrer la portée de cette réforme, il suffit de considérer des géants comme Amazon, Alibaba ou Shein. Ces plateformes, bien qu’installées hors du territoire ivoirien, touchent directement la population locale par leurs ventes en ligne.
Elles réalisent des chiffres d’affaires considérables grâce à la consommation ivoirienne, sans pour autant contribuer à la fiscalité nationale. En instituant cet impôt, la Côte d’Ivoire suit l’exemple de plusieurs pays qui ont déjà adopté des dispositifs similaires afin de capter une part de la valeur créée par ces acteurs mondiaux.
Sanctions renforcées et définition des plateformes défaillantes
Les « plateformes défaillantes » sont celles qui, bien qu’atteignant le seuil de chiffre d’affaires ou collectant massivement des données en Côte d’Ivoire, ne respectent pas leurs obligations fiscales : absence de déclaration, non-paiement de l’impôt, ou dissimulation des revenus.
Pour accroître la pression de conformité, la Direction générale des Impôts publiera chaque trimestre la liste de ces plateformes sur son site officiel et dans les médias nationaux et internationaux. Cette publicité vise à protéger les consommateurs et à inciter les entreprises à se conformer, mais elle soulève aussi des enjeux de réputation et de gouvernance.
Pertinence et applicabilité
Cette réforme répond à une préoccupation mondiale et s’inspire des cas d’école tels qu’Amazon, Alibaba ou Shein, qui touchent directement la population ivoirienne sans y être installés. Toutefois, son applicabilité dépendra de la capacité des autorités à tracer les flux numériques et à coopérer avec les juridictions étrangères.
De plus, il n’est pas exclu que les plateformes répercutent ce coût sur les prix finaux, ce qui pourrait affecter le consommateur ivoirien. La question demeure donc : cette mesure permettra-t-elle réellement d’assurer une fiscalité équitable sans compromettre l’accessibilité des services numériques, ou faudra-t-il encore ajuster le dispositif pour mieux concilier efficacité et justice fiscale ?




































