Anta Ndiaye est la directrice d’investissement du fonds en capital risques, Sawari Ventures. Il s’agit d’un fonds égyptien qui investit en Afrique, dans des sociétés technologiques avec vocation de développement sur tout le continent. Dans cet entretien exclusif, Anta Ndiaye parle des défis liés au financement des startups en Afrique, en général, des fintech, en particulier.
Quelles sont les startups de référence, en Côte d’Ivoire ou au Sénégal, par exemple, dans lesquelles vous avez déjà investi ?
Pour l’instant, on démarre dans la région Afrique de l’Ouest. On avait un premier véhicule d’investissement, on s’est surtout concentré sur l’Afrique du Nord. C’est seulement maintenant qu’on se développe en Afrique subsaharienne. L’idée, c’est vraiment de combler le fossé entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne afin de créer des champions panafricains qui puissent se développer de l’Afrique du Nord à l’Afrique au Sud du Sahara et vice-versa.
Quel type de société tech ou fintech financez-vous ?
Alors, on en finance de plusieurs types. Quand on regarde le panorama de sociétés dans notre portefeuille, on a une fintech qui s’appelle Money Fellows. Cette fintech développe une solution de digitalisation des tontines. Vous savez, les tontines, on en a un peu partout en Afrique. Donc, cette fintech le fait à l’échelle de l’Égypte, et elle est d’ailleurs en train de se développer dans plusieurs autres pays sur le continent. On a aussi une startup qui fait un mobile money wallet. Elle permet, encore une fois, de faciliter l’inclusion financière…
Une précision ! Vous financez les startups à quel stade de maturité ?
Alors, c’est comment on définit le growth stage, mais on va dire les startups de la Série A, c’est-à-dire le deuxième tour de table. Ensuite, on peut faire ce qu’on appelle du follow-on, ou participer au tour de table suivant, donc série B, série C.
Pourquoi le financement des startups débutantes est-il impossible avec les fonds d’investissements ?
C’est une excellente question. En fait, c’est tout un métier de pouvoir faire de l’early stage. C’est un segment qui est assez risqué. Il faut savoir très vite détecter pourquoi investir dans cette startup qui vient à peine d’être formée, en général qui sont pré-revenues. De plus, elles n’ont pas encore de chiffre d’affaires, elles ont une équipe qui vient d’être formée, elles sont toujours en train de tester leur product market feat pour voir si la solution convient au marché. C’est quand même un segment très risqué. En Égypte, quand on s’est lancé, on était l’un des premiers fonds VC, en 2010. Il n’y avait pas encore de fonds d’investissements.
Ce qu’on a fait, c’est qu’on a commencé par distribuer des petits tickets, mais aussitôt, on s’est mis à accompagner les fondateurs, qu’on a très vite structuré en une entité qui s’appelle Flat Six Lab, qui est aujourd’hui l’accélérateur et le fonds d’investissements Early Stage le plus actif dans la région Afrique du Nord. Ce fonds se déploie en Afrique subsaharienne aujourd’hui. Donc, on fait de l’Early Stage, mais en indirect, parce que ce n’est pas notre cœur de cible ou de métier, je dirais.
La réglementation BCEAO des fintech de la zone UEMOA peut-elle leur ouvrir les portes des fonds d’investissements comme le vôtre ?
Je pense que chacun a un rôle à jouer. Les banques ont leur rôle, les fonds VC ont leur rôle. A l’intérieur de ces fonds VC, il y a des fonds Early Stage, il y a des fonds Late Stage. Chacun a son rôle à partir du stade de maturité de la société tech. Nous, en tant que fonds d’investissements, on voit la réglementation de la BCEAO, en ce qui concerne les fintechs, de façon très favorable. Cette réglementation permet de réguler des sociétés qui, pour certaines, n’avaient pas de place, en fait, au cœur de l’environnement financier de l’UEMOA.
La réglementation leur donne un statut qui leur permet de faire des choses de façon régulée, que ce soit dans la collecte de fonds, dans le paiement ou dans le transfert d’argent. Et, c’est très important pour nous, en tant que fonds d’investissements, de le savoir. C’est pour ça qu’on parle de l’ESG, c’est-à-dire comment on mesure le risque. Comme, nous, on investit dans un dans un segment qui est risqué, c’est important de pouvoir mitiger ce risque. Donc, pour des sociétés de la tech qui, justement, sont régulées, qui ont la licence d’établissement de paiement, là, en l’occurrence, c’est sûr que, pour nous, c’est plus un avantage, oui.
Vos impressions au terme du Next Fintech Forum 2025, à Dakar ?
Je trouve que c’est une excellente idée. Je pense que c’est important de faire se rencontrer les acteurs, surtout d’un même secteur, pour avoir des dialogues ciblés, des échanges ciblés sur des questions qui sont, en fait, des grosses questions d’actualité, où les gens se posent encore des questions sur les défis à relever à partir de la réglementation, etc. Ici, on a eu l’annonce de la Startup Act du Sénégal, en tout cas, les décrets d’application pour son opérationnalité, notamment. Donc, c’est important de pouvoir discuter en tant qu’industrie avec les différents acteurs pour savoir où se situer et comment on accède à différents services.
Entretien réalisé à Dakar
Par K. Bruno




































