Pour un même prix, l’accès à Internet chez Orange est très différent selon qu’on soit en France ou en Côte d’Ivoire. Derrière cette comparaison se cache une fracture numérique réelle, alimentée par des choix tarifaires, des contraintes structurelles et des logiques de marché.
Une courte vidéo Tiktok postée par Yannick Diby, un jeune tiktokeur ivoirien, a récemment enflammé les discussions. Avec plus de 274 000 vues, elle met en lumière une réalité que beaucoup de jeunes ivoiriens vivent sans toujours pouvoir la nommer.
Prix identique, Internet inégal
En France, pour un budget mensuel d’environ 10 euros, soit 6 500 FCFA, un abonné peut accéder à une offre mobile sans engagement chez Sosh, filiale d’Orange, qui propose 100 Go de données, souvent en 5G, avec appels, SMS et MMS illimités en France et depuis l’Europe. En Côte d’Ivoire, ce même montant donne droit à un forfait mobile de 10 Go, avec un volume d’appels limité.
L’écart est saisissant. Dix fois moins de données pour le même prix, dans un pays où le numérique est censé être un « levier » de développement. Les offres fibre ne font que confirmer cette disparité. En France, Orange propose une Livebox Fibre à 29,99 euros par mois, soit environ 20 000 francs CFA, pour une connexion illimitée à 2 Gbit/s. À ce tarif, un abonné ivoirien n’a accès qu’à une fibre de 100 Mb/s chez Orange en Côte d’Ivoire avec des volumes parfois plafonnés selon les usages.
Pour bénéficier d’une vitesse de 200 Mb/s, il faut débourser 30 000 FCFA par mois, soit près de 47 euros. Autrement dit, l’abonné ivoirien paie plus cher pour moins de débit.
Des milliards pour Orange CI et des gigas trop chers pour les abonnés
Ce contraste tarifaire est d’autant plus frappant que le groupe Orange en Côte d’Ivoire affiche une santé financière remarquable. En 2024, son chiffre d’affaires a franchi la barre des 1 000 milliards de FCFA, soit environ 1,65 milliard d’euros, en hausse de 6,6 % par rapport à l’année précédente. Et selon les chiffres de l’ARTCI sur les 9 premiers mois de 2025, le groupe a déjà réalisé 875,7 milliards de FCFA, avec une croissance de près de 10 % sur un an. Ces résultats confirment que le marché ivoirien est rentable, mais à quel prix pour les consommateurs ?
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette différence. D’abord, les coûts d’infrastructure sont plus élevés en Afrique. Notamment pour le déploiement de la fibre et l’entretien du réseau mobile. Ensuite, la fiscalité locale impose aux opérateurs des charges plus lourdes, qui se répercutent sur les prix.
Entre concurrence et compétitivité
Enfin, la concurrence joue un rôle déterminant. En France, Orange fait face à des rivaux comme Free, Bouygues ou SFR, qui pratiquent des tarifs agressifs. En Côte d’Ivoire, malgré la présence de MTN et Moov, la guerre des prix reste modérée et les marges des opérateurs demeurent confortables. Mais au-delà des chiffres, ce débat soulève une question essentielle : comment garantir un accès équitable au réseau internet dans les pays du Sud, même au sein d’un même groupe international ?
La vidéo de ce jeune tiktokeur n’est pas qu’un coup de gueule. Elle cristallise une frustration partagée par des milliers de jeunes ivoiriens, pour qui Internet est un outil vital : études, création de contenu, entrepreneuriat, accès à l’information. Quand l’accès devient un luxe, c’est toute une génération qui se retrouve freinée.
Ornella Izaï




































