L’Institut national de santé publique (INSP) d’Abidjan a accueilli, ce 21 août 2025, un symposium sur la gouvernance des données de santé. Spécialistes, fondateurs de startups et professionnels ont discuté autour du thème : « Vers une stratégie nationale pour la gouvernance des données de santé, la sécurité des systèmes d’information de santé et l’éthique du numérique en santé ».
Défis médicaux, perspectives numériques
Selon Dr. Seydou Barro, épidémiologiste du Burkina Faso, qui animait une Keynote sur l’avenir de la télémédecine en Afrique, le secteur de la santé sur le continent fait face à des défis. Entre autres, la surabondance de produits pharmaceutiques, l’évolution rapide de la médecine, l’émergence de pathologies graves, des indicateurs de santé faibles, des soins de qualité accessibles à tous et à prix abordables. D’autres défis sont le coût de la technologie, la confiance et l’éthique, la protection des données médicales et la réglementation, l’adoption des technologies, l’insuffisance de formation des professionnels de la santé.
A ces défis africains, répondent des perspectives dont la plus forte croissance de connectivité mobile dans le monde. Un avantage pour développer la télémédecine.
Dans ce sens, plusieurs projets de télémédecine sont en cours en Afrique parmi lesquels le Tabo-Pad au Cameroun, MoTeCH en Ouganda et la livraison de médicaments par drones au Rwanda. Cependant, la plupart de ces initiatives sont restées à un stade précoce « parce que le monde économique est fragile ». « Il y a également un défaut d’intégration des systèmes de santé et un manque de cadres structurants », regrette Dr. Seydou Barro épidémiologiste au Burkina Faso.
La télémédecine pour réinventer la médecine en Afrique
Que faire alors pour réinventer la médecine en Afrique ? L’épidémiologiste propose de développer un plan qui repose sur deux piliers. Le premier, c’est de concevoir une approche spécifique à l’Afrique, en privilégiant des solutions adaptées au terrain. Par exemple, des outils utilisant les SMS pour le suivi des soins. Il faut aussi intégrer la télémédecine dans les centres de santé existants.
Le deuxième pilier, c’est l’établissement d’un cadre de confiance. Ce qui passe par l’adoption de législations protectrices des données adaptées aux réalités.
« Il faut faire la certification. C’est-à-dire labéliser les outils que nous mettons en place, mais aussi labéliser les personnes. Il faut un cadre légal et éthique. Légaliser, par exemple, la e-prescription, créer un code de déontologie pour la téléconsultation. Il faut opter également pour le partenariat privé-public », fait-il savoir.
Ouattara Corinne Louise, directrice d’une start-up ivoirienne dans le e-santé TechMousso et présidente de l’Association des entrepreneurs intervenant dans le secteur de la santé numérique en Côte d’Ivoire, abonde dans le même sens, sur la télémédecine :
« Je pense qu’une stratégie nationale dans le secteur de la santé peut améliorer l’accès aux soins. Elle peut améliorer la vie des patients. Aujourd’hui, vous comprendrez qu’on a très peu de spécialistes. On a une population qui va à 30 millions d’habitants. Quand vous faites le ratio, il n’y a que la santé numérique aujourd’hui qui puisse permettre de pouvoir pallier certaines lacunes, permettre le rapprochement des patients et des professionnels de santé, permettre un suivi régulier et faciliter la vie des professionnels de santé et également des patients. »
