Acheter du crédit téléphonique, geste banal pour les usagers, est devenu un terrain de tensions. Coris Bank CI met en avant sa solution via Coris Money, tandis que des voix proches de Wave CI dénoncent une inégalité de traitement. Le droit de réponse de la banque et le silence de l’ARTCi révèlent une régulation encore floue.
Acheter du crédit téléphonique est un réflexe pour des millions d’Ivoiriens. Dans un pays où le mobile est à la fois outil de communication et porte-monnaie, toute innovation qui simplifie cette opération attire l’attention. Les banques et les fintechs rivalisent désormais pour occuper ce terrain stratégique, au cœur de la vie numérique des usagers.
Coris Bank CI met en avant Coris Money
C’est dans ce contexte que Coris Bank CI a communiqué sur sa plateforme de monnaie électronique, Coris Money (CoMo). L’application permet aux clients d’acheter du crédit téléphonique sur tous les réseaux, sans frais supplémentaires. La campagne, volontairement accessible, joue sur des codes familiers : “Même môrô on coupe pas !”. Un clin d’œil au quotidien des utilisateurs, où chaque franc économisé sur les frais, compte. Derrière ce ton populaire, l’enjeu est clair : montrer que les banques savent aussi proposer des solutions digitales pratiques, face à la concurrence des opérateurs et des fintechs.
Une contestation relayée sur les réseaux
Cette annonce a toutefois suscité des réactions. Sur les réseaux sociaux, un influenceur actif dans le domaine du mobile money, utilisateur de Wave CI, a dénoncé une inégalité de traitement. Selon lui, ce que Coris Bank propose grâce à ses partenariats avec les opérateurs télécoms est identique à ce que Wave CI souhaite offrir… mais se voit refuser.
Dans ses publications, il accuse les Telcos et le régulateur de bloquer l’accès à la fintech, alimentant l’idée d’une régulation “à deux vitesses”. Wave CI, de son côté, a saisi l’Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire (ARTCI), mais l’issue reste incertaine.
Le droit de réponse de Coris Bank
Face aux critiques relayées en ligne, Coris Bank CI a publié un droit de réponse. La banque précise qu’elle ne commercialise pas directement des unités téléphoniques, mais qu’elle facilite l’achat de crédit grâce à des partenariats dûment autorisés avec les opérateurs.
Elle insiste sur la conformité de cette fonctionnalité avec la réglementation et rappelle sa mission : proposer des solutions financières innovantes, transparentes et accessibles. Pour Coris Bank, il s’agit avant tout de simplifier la vie des clients, en leur offrant un service rapide et sécurisé.
L’ARTCI, arbitre attendu
Au cœur de cette polémique, l’ARTCI joue un rôle clé. L’Autorité reconnaît que les partenariats entre opérateurs et banques ou fintechs sont autorisés, à condition de respecter les règles. Mais sur le cas spécifique de Wave CI, elle reste silencieuse.
Cette absence de clarification entretient l’ambiguïté. Dans un marché où le mobile money est devenu incontournable, l’impression d’une régulation inégale nourrit la suspicion. Les observateurs parlent d’un secteur en pleine mutation, où les innovations vont plus vite que les décisions réglementaires.
Pour les consommateurs ivoiriens, la question dépasse les rivalités entre entreprises. Ce qu’ils recherchent, ce sont des services simples, abordables et fiables. Si une banque peut proposer une fonctionnalité jugée conforme, pourquoi une fintech ne pourrait-elle pas en faire autant ?
L’absence de clarté fragilise la confiance dans le régulateur. Dans un secteur aussi sensible que le mobile money, la transparence est indispensable pour garantir une concurrence loyale et protéger les intérêts des usagers.
Une dynamique révélatrice
L’affaire Coris Bank – Wave CI illustre les tensions qui accompagnent la transformation digitale en Côte d’Ivoire. Les banques avancent leurs pions pour occuper le terrain du mobile money, tandis que les fintechs revendiquent un traitement équitable. Le rôle de l’ARTCI apparaît déterminant : en clarifiant les règles et en veillant à leur application uniforme, le régulateur pourrait apaiser les tensions et favoriser un environnement plus transparent. À défaut, le risque est de voir se multiplier les polémiques et de fragiliser la confiance des consommateurs.
Entre innovation bancaire et contestation relayée sur les réseaux sociaux, l’achat de crédit téléphonique devient un révélateur des enjeux de régulation en Côte d’Ivoire. L’annonce de Coris Bank CI, la réaction d’un utilisateur de Wave CI et le droit de réponse de la banque mettent en lumière une problématique plus large : celle de l’équité et de la transparence dans le secteur numérique.
Dans un pays où le mobile money est devenu un pilier de la vie quotidienne, la clarté des règles et la neutralité du régulateur sont indispensables pour accompagner la transformation digitale et garantir que chaque acteur, qu’il soit banque ou fintech, puisse contribuer à l’inclusion financière des populations.




































