Wave veut vendre du crédit téléphonique sans disposer de puce, comme elle le fait déjà au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso. Mais en Côte d’Ivoire, les trois opérateurs télécoms historiques du pays (Orange, MTN et Moov) s’y opposent.
L’affaire, portée devant la justice, est renvoyée entre les mains de l’ARTCI, qui, à son tour, reporte sa décision. En toile de fond : une bataille d’API, d’interopérabilité et de souveraineté numérique. Wave accuse les opérateurs historiques de pratiques anticoncurrentielles. Ceux-ci bloqueraient l’accès à la vente de crédit via son application, au motif que Wave ne dispose pas de puce téléphonique.
L’ARTCI, arbitre sous pression ?
Sauf que, dans d’autres pays de la sous-région, cette pratique est courante. Le refus des opérateurs télécoms ivoiriens soulève donc une question de distorsion territoriale et de verrouillage du marché numérique. Après une première audience publique, en mars 2025, l’affaire a été mise en délibéré. Une rencontre tripartite qui a eu lieu, le 27 septembre, n’a pas permis de trancher. Le 6 novembre 2025, l’ARTCI a tenu une nouvelle audience et reporté sa décision à une date ultérieure.
Ce report, selon certaines sources, viserait à approfondir l’étude du dossier. Il alimente ainsi le suspense et les murmures du marché, d’autant que les autres affaires examinées le même jour ont été tranchées.
Au cœur du litige : l’accès aux API des opérateurs. Wave veut vendre du crédit sans passer par les canaux des opérateurs, en s’appuyant sur une interconnexion technique. Ces opérateurs refusent d’ouvrir leurs interfaces. Ils invoquent des problèmes de sécurité et de contrôle.
API, interopérabilité et souveraineté numérique
Or, la BCEAO elle-même a exigé l’interopérabilité des services financiers numériques dans l’UEMOA, notamment pour les paiements mobiles. Une question se pose alors : l’interopérabilité exigée pour les transferts d’argent ne devrait-elle pas s’étendre à la vente de crédit téléphonique ? Si tant est qu’une API permet à d’autres services ou applications de communiquer avec elle.
Le report prolongé de l’ARTCI sur l’affaire Wave soulève une gêne croissante. Aucune disposition légale ne semble accorder aux opérateurs une exclusivité sur la vente de crédit téléphonique.
Wave, déjà active dans plusieurs pays, subit un manque à gagner sur un service qu’elle considère légitime. Les consommateurs, eux, restent captifs d’un système fermé, sans pouvoir choisir librement leur canal de recharge. En fin de compte, ce report interroge. A qui profite l’attente ? Qui paie le prix du blocage ?
Mathieu Kouamé




































