Le Nigeria est devenu le symbole d’une cybercriminalité en pleine mutation. Selon un rapport d’INTERPOL publié en mai 2025 et des révélations récentes d’ADF Magazine, le pays concentre désormais une part alarmante des escroqueries numériques orchestrées par des réseaux criminels chinois.
177 ressortissants chinois interpellés pour cyber-fraudes
Les arrestations menées par les autorités nigérianes en début 2025 révèlent des organisations structurées comme de véritables sociétés. Près de 1 000 suspects ont été interpellés en un an, dont 177 ressortissants chinois. Les enquêteurs ont découvert des bureaux remplis d’ordinateurs, des milliers de cartes SIM et des équipes locales formées pour exécuter des campagnes de fraude. Les méthodes vont du phishing aux arnaques sentimentales (“romance scams”), en passant par les escroqueries liées aux cryptomonnaies et les casinos en ligne illégaux.
Une expansion continentale
Le Nigeria n’est pas un cas isolé. En Angola, 46 ressortissants chinois ont été arrêtés en 2024 pour avoir géré un casino en ligne visant des victimes au Nigeria et au Brésil. En Namibie, des réseaux similaires avaient été démantelés en 2023. La Zambie, elle aussi, a vu émerger des opérations sophistiquées ciblant des victimes en Afrique, en Asie et en Amérique latine. Ces affaires confirment que l’Afrique est devenue ou est en train de devenir un terrain d’expansion pour des groupes criminels déplacés d’Asie.
Plus de 3 milliards envolés entre 2019 et 2025 en Afrique
Le rapport INTERPOL 2025 souligne que le cyber-crime représente désormais plus de 30 % des infractions en Afrique de l’Ouest et de l’Est. Les escroqueries en ligne, notamment le phishing, dominent le paysage et représentent 34 % des incidents détectés en 2024. Les pertes financières cumulées dépassent 3 milliards de dollars entre 2019 et 2025, frappant de plein fouet les secteurs de la finance, de l’énergie et des services publics.
En outre, le contexte économique nigérian (inflation supérieure à 30 %, chômage élevé, dette croissante, etc.) accentue la difficulté à lutter contre ces réseaux. Les procédures de coopération judiciaire restent lentes et les lois nationales souvent mal harmonisées, ce qui limite la capacité des États à poursuivre efficacement les cybercriminels.
Hub digital ou cible idéale ? Le défi ivoirien face aux cyber-fraudes
Le cas du Nigeria illustre les vulnérabilités mises en avant par INTERPOL : explosion des escroqueries en ligne, sophistication croissante des réseaux, incapacité des États à répondre seuls. Mais cette menace n’est pas confinée à Lagos ou Lusaka. En Côte d’Ivoire, où la transformation numérique avance à grands pas (mobile money, e‑commerce, services publics digitalisés…) les mêmes failles existent.
Si le Nigeria est aujourd’hui l’épicentre, rien n’empêche Abidjan de devenir demain le terrain privilégié pour ces réseaux transnationaux. Pour la Côte d’Ivoire, le défi est clair : anticiper, investir et coopérer, afin que son ambition de devenir un hub digital africain ne soit pas compromise par l’ombre des escroqueries importées.



































