L’annexe fiscale 2026 consacre une part de la taxe télécoms à la cybersécurité. Ainsi, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) entre officiellement dans le jeu budgétaire. C’est 2%, mais un signal fort.
Le 5 janvier 2026, l’annexe fiscale est entrée en vigueur en Côte d’Ivoire. Elle modifie la clé de répartition de la taxe sur les entreprises de télécommunications et la taxe sur celles opérant dans le transfert d’argent. Pour la première fois dans le pays, une part de ce prélèvement (2%) est affectée à l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Derrière ce chiffre de 2 %, se dessine une volonté politique : donner des moyens financiers à la cybersécurité nationale.
Pourquoi ces 2 % ?
La réforme introduite par l’annexe fiscale 2026 attribue désormais 2 % du produit de la taxe télécoms et transferts d’argent à l’ANSSI. Ce financement, prélevé sur la quote-part du Fonds d’appui à la jeunesse, marque l’entrée officielle de la cybersécurité dans le circuit fiscal ivoirien. L’ANSSI dispose ainsi d’une ressource pérenne pour ses missions, ce qui traduit une reconnaissance institutionnelle de l’importance stratégique du numérique.
La création de l’ANSSI par le décret n°2024-958 du 30 octobre 2024 répondait à une exigence de la Stratégie nationale de cybersécurité 2021-2025. Mais une agence sans moyens reste une coquille vide. L’affectation de 2 % de la taxe vise à garantir un minimum de financement pour :
- coordonner les plans d’action en matière de cybersécurité,
- gérer les crises liées aux attaques informatiques,
- protéger les infrastructures critiques et les systèmes d’information publics et privés.
Renforcer les capacités techniques de l’ANSSI
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information est la structure publique chargée de la protection numérique du pays. Elle agit comme un bouclier contre les cybermenaces, en lien avec les opérateurs télécoms, les banques, les administrations et les entreprises privées. Sa mission est de sécuriser les données, prévenir les intrusions et renforcer la confiance dans l’écosystème numérique ivoirien.
Avec ce financement, l’ANSSI doit :
- renforcer ses capacités techniques et humaines,
- développer des outils de détection et de réponse rapide,
- sensibiliser les acteurs publics et privés aux risques cyber,
- contribuer à la souveraineté numérique de la Côte d’Ivoire.
Financement insuffisant face à la cybercriminalité en Côte d’Ivoire
L’attribution de 2 % du budget à la cybersécurité constitue indéniablement un signal politique fort. Toutefois, cette décision soulève des interrogations légitimes :
- Ce montant est-il réellement à la hauteur des menaces croissantes dans le cyberespace ?
- La cybersécurité peut-elle se contenter d’un financement marginal face aux enjeux stratégiques du numérique ?
Ces questions prennent tout leur sens à la lumière du dernier bulletin d’information de l’Autorité de régulation des télécommunications, intitulé L’état de la cybersécurité en Côte d’Ivoire. Ce rapport met en évidence une situation particulièrement préoccupante : en 2024, plus de 27 millions de tentatives d’attaques ont été détectées, avec une part croissante visant spécifiquement les infrastructures industrielles.
L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), dans son rapport présenté lors des Journées du Numérique, confirme cette tendance alarmante. Le nombre de cas de cybercriminalité enregistrés est passé de 8 132 en 2023 à 12 100 en 2024, soit une hausse significative. Plus inquiétant encore, 37 % des ordinateurs industriels en Côte d’Ivoire ont été ciblés par des logiciels malveillants, un taux parmi les plus élevés du continent africain. Pis, les cibles s’étendent aux systèmes de supervision industrielle, aux réseaux de gestion de l’énergie et de l’eau, aux processus automatisés de production et aux interfaces connectées aux systèmes IT traditionnels.
Ces infrastructures, essentielles au bon fonctionnement du pays, sont exposées aux mêmes vulnérabilités que le reste de l’environnement numérique. Mais, les conséquences d’attaques sur ces systèmes peuvent être bien plus graves : interruption de services vitaux, sabotage, atteintes à la sécurité physique, mise en danger des opérateurs, comme l’a souligné Gladys Salmouth, responsable de la communication Afrique de l’Ouest et Centrale chez Kaspersky corporate.
Alors, face à cette réalité, allouer seulement 2 % du budget à la cybersécurité semble insuffisant. Il est urgent de renforcer les moyens de l’ANSSI pour répondre à l’ampleur des menaces. Cela dit, son inscription dans le budget national reste un pas important vers la souveraineté numérique que l’État ambitionne. Mais, comme on dit, un tiens, vaut mieux que deux tu l’auras. Comme pour dire, prends d’abord, après tu peux demander plus, car c’est zéro qui n’est pas bon.
Mathieu Kouamé




































