Professeur Fernand Kouamé, Titulaire de la Chaire UNESCO « Une Chaire UNESCO à l’Université Virtuelle de Côte d’Ivoire pour une utilisation éthique de l’IA au service du développement durable »
Au lancement officiel de la Chaire Unesco Intelligence Artificielle, Humanités et Science Ouverte (IAHSO), à l’Université Virtuelle de Côte d’Ivoire (UVCI), le 24 juillet 2025, autour du thème : « Intelligence Artificielle, Sociétés et Humanités numériques : entre scepticisme et optimisme », Professeur Fernand Kouamé, Professeur Titulaire des Universités du CAMES, et Vice-président à l’UVCI, désigné Titulaire de cette Chaire UNESCO, a accordé une interview exclusive à Digitalmag.ci. Il présente ladite Chaire.
La création de la Chaire UNESCO Intelligence Artificielle, Humanités et Sciences Ouvertes « IAHSO » répond à quel besoin ?
La Chaire UNESCO IAHSO est le fruit d’un accord de partenariat entre l’UNESCO et l’UVCI, signé en Mai 2025 pour promouvoir et mettre en œuvre deux importantes recommandations de l’UNESCO adoptée par les 198 pays membres en 2021, relatives à l’éthique de l’Intelligence Artificielle, d’une part et à la promotion d’une science ouverte d’autre part. La création par l’UVCI de cette chaire vise à œuvrer pour la construction d’un écosystème de savoir au service des humanités et des sociétés durables. C’est un instrument pour booster les activités orientées vers les technologies de l’IA et les disciplines connexes comme le big data, la blockchain, l’internet des objets pour accompagner notre pays au développement économique, social, culturel et environnemental. Le monde et notre quotidien sont gouvernés depuis quelques années par le numérique. Il est donc important de bien maîtriser toutes les technologies émergentes. C’est pour cette raison que notre candidature a été retenue par l’UNESCO pour abriter cette première chaire, qui reste la pionnière dans la sous-région.
Dites-nous, comment la sélection a été faite pour abriter la première chaire en IA en Côte d’Ivoire ?
La création d’une Chaire UNESCO suit un processus très exigeant, qui débute dans la soumission d’un dossier avec un projet en phase avec les priorités de l’UNESCO, une équipe et une institution universitaire qui porte la candidature. Capitalisant toute son expérience de collaboration internationale, ainsi que les nombreuses initiatives, depuis sa création, l’UVCI a mis en avant son expertise dans la formation aux métiers du numérique et du futur avec son dispositif pédagogique innovant à distance et inclusif, ses succès dans la création de startups aux travers de ses dispositifs (fabLabs Voisinage, incubateurs et laboratoires, etc…), et son engagement à la démocratisation de l’accès aux savoirs et connaissances (quinzaines du numériques, open acces week, colloques sur l’Intelligence Artificielle, Bibliothèque Virtuelle, Ressources Educatives Libres, etc…).
Ainsi, le projet de Chaire sur les deux recommandations de 2021 de l’UNESCO, portant notamment sur la science ouverte et sur l’éthique de l’Intelligence Artificielle, a retenu l’attention de la Commission nationale ivoirienne pour l’UNESCO, qui l’a ensuite validé. La dernière phase a été confiée à un comité d’experts internationaux, qui après avoir examiné la pertinence, l’innovation et l’impact attendu du projet de chaire IAHSO l’a sélectionné. C’est surtout son engagement à bâtir un écosystème de savoir éthique, collaboratif et durable qui été en la faveur de l’UVCI pour porter cette initiative d’envergure internationale. Cette Chaire UNESCO est la toute première chaire de l’UVCI, la toute première chaire dédiée à l’IA et la science ouverte de la Côte d’Ivoire, qui confirme le leadership de l’UVCI en matière de promotion du numérique en Côte d’Ivoire.
Quelle est la vocation de cette Chaire l’UNESCO ?
Cette chaire a pour vocation de donner vie à une intelligence artificielle responsable, régulée par les principes éthiques universels et aussi de conduire une recherche ouverte au service du développement de l’humain et de la société dans un monde dominé par la technologie. A ce titre, la Chaire UNESCO IAHSO, pionnière en Afrique de l’Ouest pourra contribuer à renforcer le cadre d’utilisation responsable et éthique des technologies numériques et de l’IA pour donner toute la place à l’homme dans son interaction avec la machine. Sa création vient à point nommé, parce qu’elle s’inscrit dans les recommandations de l’Unesco adoptées par les 198 pays en 2021. Notre pays a lui aussi adopté en 2024, la stratégie nationale sur l’intelligence artificielle et la gouvernance des données. Au niveau continental, l’Union africaine a également adopté une stratégie continentale. Vous conviendrez avec moi que ces instruments normatifs permettront à la chaire IAHSO de travailler, de former les citoyens à l’utilisation responsable, transparente, inclusive de ces technologies au service de l’humain.
À quoi servent les recommandations de l’UNESCO ?
L’UNESCO est une organisation internationale qui regroupe 198 pays. A ses Assemblées Générales, elle prend certaines décisions qu’on appelle des recommandations. Donc, l’UNESCO recommande aux États d’œuvrer à construire et conduire le développement de la science de la culture selon les cadres normatifs adoptés. En ce qui concerne la chaire IAHSO, l’UNESCO recommande de créer les conditions pour vivre autrement dans ce monde en pleine mutation sous l’influence de plus en plus grande de l’intelligence artificielle. Elle donne des directives qui permettent une utilisation responsable de cette technologie. L’UNESCO a édité des principes d’inclusion, de transparence, d’intégrité de l’intelligence artificielle. Et comme la Chaire IAHSO adresse non seulement la recommandation sur l’Intelligence Artificielle, mais aussi celle relative à la science ouverte, nous sommes aussi engager dans la démocratisation des savoirs et des connaissances pour exploiter au mieux le fruit de nos recherches et découvertes dans nos laboratoires et instituts de recherche.
En plus de l’IA, vous parlez de la Science Ouverte, qui est peu connue, Qu’est-ce que c’est ?
C’est une science qui est ouverte sur le monde. On ne fait plus de la recherche pour faire de la recherche, pour que les résultats restent dans les tiroirs et les laboratoires. Il faut que cette recherche puisse permettre à la ménagère, à l’agriculteur, au citoyen lambda, de pouvoir utiliser les résultats de la recherche. Donc, la science doit être plus humaine, plus inclusive, plus éthique pour nous permettre d’avoir une vie décente à partir des résultats de la recherche. Si vous voulez, c’est une science au service de l’humanité, du développement économique, social, culturel et bien sûr environnemental.
Avez-vous une plateforme ou un site de la Chaire UNESCO ?
Le site web présente la chaire, son organisation, sa structuration, ses différents pôles de formation, de recherche, d’éducation citoyenne, d’employabilité. C’est la vitrine virtuelle, qui permet de mieux connaitre les activités et les actualités. Un campus virtuel permettra dans les jours qui suivent cette cérémonie de lancement pour accéder à des formations certifiantes sur les thématiques de l’intelligence artificielle et de la science ouverte. Des certificats y seront délivrés. Mais dans un court terme, il y aura des parcours diplômants, notamment des Licences et des Masters pour former une masse critique de personnes pouvant enseigner et travailler dans un environnement IA et science ouverte. Donc, à partir de ce jour où nous lançons les activités, nous allons déployer notre la stratégie de communication pour donner toutes les informations utiles et nécessaires. Ce portail vise à être une référence pour les étudiants, chercheurs, professionnels et partenaires.
La Chaire Unesco a-t-elle une cellule de sensibilisation en Côte d’Ivoire ?
Bien sûr, nous sommes en train de construire cet écosystème du savoir, de la connaissance, de l’apprentissage lié à ces deux domaines : IA et science ouverte. Et nous allons diffuser les informations pour former et renfoncer davantage les capacités de tout le monde sur l’utilisation responsable de ces technologies. Vous voyez, il y a des caméras partout qui surveillent tout ce qui se passe dans le pays, à la maison ou dans notre champ. Mais comment exploiter les données collectées par ces caméras ? Comment les protéger ? Les médias sociaux, comment les encadrer à l’ère de l’IA et des fake news ? Une réglementation se met en place pour sévir. Et nul n’est censé ignorer la loi. Tous ces changements ont besoin d’être encadrés. C’est pourquoi il y a les recommandations de l’UNESCO. C’est pourquoi il y a aussi, au niveau national, la stratégie nationale de l’intelligence artificielle et de la gestion des données. Tous ces cadres institutionnels et réglementaires permettent d’encadrer au mieux l’utilisation de ces technologies. Mais le volet sensibilisation devrait engager tous les partenaires et surtout les médias, tels que le vôtre, à qui j’adresse mes sincères remerciements, en mon nom personnel et au nom des membres de l’équipe de la Chaire UNESCO IAHSO.
Interview réalisée par Meité Ladji


































