Quels sont les piliers de la stratégie blockchain de l’Union africaine ? Où en sont les pays africains en matière de régulation des actifs numériques ? Pr. Charles Linjap, consultant à l’Union africaine, apporte des éléments de réponse à Digitalmag.ci.
Selon Pr. Charles Linjap, la stratégie blockchain de l’Union africaine repose sur une vision qui est celle de mobiliser tous les acteurs économiques, des start-ups aux banques commerciales en passant par les PME et les États membres. Elle met en avant les atouts de la blockchain qui sont : transparence, traçabilité et lutte contre la corruption, pour bâtir un écosystème numérique fiable. Sur technologie la blockchain, dit-il, les transactions sont plus rapides, sécurisées et accessibles à travers les smartphones.
Les 5 piliers de la stratégie blockchain de l’Union africaine
La stratégie blockchain de l’Union africaine, au dire de Pr. Charles Linjap, s’articule autour de cinq piliers:
- Le premier vise l’inclusion financière grâce à la cryptomonnaie, en permettant aux citoyens de transférer de l’argent facilement, entre pays via des portefeuilles électroniques.
- Le deuxième encourage l’usage des stable coins, une monnaie numérique qui faciliterait les paiements transfrontaliers sans dépendre des systèmes bancaires traditionnels.
- Le troisième propose l’intégration des banques centrales afin de fluidifier les échanges entre elles et les banques commerciales.
- Le quatrième pilier invite à créer un cadre politique et réglementaire par rapport à la cryptomonnaie, afin de faciliter les flux financiers entre pays africains.
- Enfin, le cinquième pilier insiste sur l’investissement dans l’énergie dans les zones rurales pour garantir un accès équitable à la blockchain. Ensemble, ces piliers constituent les noyaux centraux de la stratégie de blockchain de l’Union africaine.
Régulation pour les actifs numériques : où en sont les pays africains ?
En matière de régulation des actifs numériques, les pays africains anglophones tels que le Nigeria, le Ghana, le Kenya et l’Afrique du Sud ont pris une longueur d’avance, révèle le professeur. Grâce à leur tradition juridique anglo-saxonne et à une plus grande autonomie monétaire, ils ont pu mettre en place des cadres législatifs favorables à l’innovation financière. Les lois permettent d’effectuer des volumes importants de transactions numériques, comme les 60 milliards de dollars enregistrés au Nigeria en 6 mois.
Pendant ce temps, les pays francophones, eux, restent freinés par l’absence de politiques adaptées. Sans souveraineté monétaire, il leur est, en effet, difficile d’adopter des cadres juridiques pour les actifs numériques. Pr. Charles Linjap souligne pourtant que la blockchain offre des opportunités bien au-delà de la finance, pour les ONG et les humanitaires. Une transition vers cette technologie pourrait, dit-il ouvrir la voie à plus de transparence et d’efficacité dans la gestion des ressources.
Pour rappel, certains pays africains anglophones comme le Zimbabwe, l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Kenya ont déjà intégré la monnaie numérique dans leurs systèmes bancaires. Les transferts entre les banques centrales et les banques commerciales s’effectuent de manière électronique. Ce qui est une avancée dans l’adoption de la technologie blockchain pour les opérations financières internes.
Ces défis à relever pour redynamiser le secteur tech en Afrique
Pour le reste, Pr. Charles Linjap a identifié des défis que l’écosystème de la tech en Afrique doit relever. Il cite le manque de financement dédié. Ensuite, l’absence de Tech Fund, un mécanisme qui pourrait soutenir les jeunes et les femmes dans la tech. Sans fonds accessibles à l’échelle continentale, les talents africains peinent à se faire connaître et à participer à des événements majeurs comme Next Fintech Forum, qui s’est tenu les 20 et 21 novembre 2025, à Dakar.
Il affirme aussi que les jeunes entrepreneurs n’ont souvent que leur savoir comme garantie. Ce qui limite leur accès aux financements. Et quand les rares fonds disponibles viennent de l’étranger, cela alimente la fuite des cerveaux et empêche une valorisation durable des compétences africaines. Il recommande alors, pour que l’Afrique devienne un acteur qui compte dans l’innovation et dans la blockchain, de créer des mécanismes de financement locaux, inclusifs et adaptés.
M. Gassama
