Daniel Anougba est le chef du département autorisation et suivi des obligations à l’ARTCI. En panel d’ouverture d’Ivoire Tech Forum, il a expliqué pourquoi la 5G n’est pas encore déployée en Côte d’Ivoire. Il promet le déploiement de cette technologie dans les prochains mois, de même que la tenue de discussions avec certains opérateurs satellitaires, notamment Starlink, pour le déploiement du service internet satellitaire en orbite basse LEO.
Pourquoi la 5G traine à se déployer en Côte d’Ivoire ?
Le déploiement de la 5G en Côte d’Ivoire ne traîne pas. En effet, il était prévu de disposer de la 5G lors de la CAN 2023, en Côte d’Ivoire. Mais, il faut savoir que pour assurer des performances optimales qui répondent aux besoins des populations, les opérateurs télécoms doivent disposer des bandes de fréquences nécessaires afin de déployer ces réseaux 5G.
Mais, dans les discussions avec les opérateurs, malheureusement, nous avons eu des points de désaccord, notamment sur les questions financières liées à la mise à disposition de ces fréquences. C’est ce qui a causé ce retard dans la mise en œuvre de la technologie 5G. Mais, rassurez-vous, nous avons repris les échanges. La bande des fréquences identifiée comme prioritaire pour la 5G a été réaménagée. Donc, je voudrais vous assurer que très prochainement, les populations pourront disposer des réseaux 5G et profiter pleinement des performances qu’offre cette nouvelle technologie en Côte d’Ivoire.
Quelle est l’importance de la 5G pour la Côte d’Ivoire ?
Très importante ! Dans les zones rurales, il y a des besoins croissants des populations en matière de connectivité. Il faut qu’elles puissent disposer, elles aussi, de réseaux de bonne qualité et avoir accès à des services internet de débit assez intéressant. Donc, la 5G permettra, dans un premier temps, d’absorber le trafic dans les zones denses, comme au Plateau, Marcory, etc. Et, dans un second temps, au niveau des zones rurales et à l’intérieur du pays, densifier les réseaux 4G en termes de couverture et de capacité. Si nous avons une évolution des capacités dans les zones urbaines, il faudrait également que dans les zones rurales, les populations puissent sentir ces améliorations en termes de connectivité. Nous travaillons à ce que cela soit effectif d’ici à la fin de l’année.
Pourquoi l’attente des Ivoiriens est-elle si forte autour de la 5G ?
Cela ne me surprend pas, parce que moi-même, je suis utilisateur des réseaux bien qu’étant à l’ARTCI ! C’est lié au fait qu’il y a des usages de plus en plus importants qui requièrent des demandes élevées en capacité et en connectivité. Je prends, par exemple, le streaming, les services vidéo en direct, les services domotiques, de télétravail, etc., qui requièrent des besoins importants en termes de capacité, en termes de débit. C’est pour ces raisons-là que les populations sont très en attente de cette nouvelle technologie. La 5G, je vous assure, viendra répondre à leurs besoins en termes de débit pour les usages que j’ai présentés tantôt.
On n’en a pas encore fini avec la 4G dont le réseau n’est pas tout à fait performant, et on parle de 5G. Cette cohabitation ne va-t-elle pas agir sur la qualité des services ?
Pas du tout ! Il n’y a aucun souci à se faire. L’ARTCI travaille sur tous ces chantiers au même moment. Lorsqu’on va lancer la 5G, ce ne sera pas forcément disponible sur tout le territoire. Il y a des zones rurales où les populations, leurs besoins peuvent être remplis avec la 3G et la 4G, où il n’est pas nécessaire de déployer la 5G. Donc en même temps qu’on avance sur la 5G dans les grandes villes, on avance sur la 3G, la 4G par une densification des infrastructures existantes. Notre approche n’est pas de délaisser une technologie pour attaquer une autre. On travaille sur tous ces chantiers-là au même moment, de façon intégrée.
Des pays voisins utilisent les réseaux satellitaires pour la connectivité internet. Qu’est-ce qui bloque en Côte d’Ivoire ?
Il n’y a pas de blocage sur la question des services satellitaires. Nous avons mené des discussions avec ces acteurs-là pour assurer une ouverture, une entrée encadrée sur le marché. Je voudrais faire remarquer que chaque pays a ses exigences légales en termes d’obligation, en termes de conformité réglementaire. Je confirme qu’aujourd’hui, nous avons des échanges avec certains opérateurs satellitaires qui sont intéressés par le marché. Donc, l’idée pour nous, à l’ARTCI, c’est de nous assurer que ces acteurs remplissent les exigences légales de la Côte d’Ivoire avant de leur faire une ouverture sur le marché.
C’est que derrière, il faudra préserver les intérêts des acteurs qui sont déjà sur le marché et également répondre aux questions concurrentielles. Donc, les échanges se poursuivent avec ces acteurs-là. On va s’assurer qu’ils remplissent pleinement les conditions posées sur la Côte d’Ivoire. Et à partir de ce moment-là, ils pourront attaquer le marché et nos populations pourront bénéficier de ces services.
La 5G et le satellite peuvent-ils aider le pays à relever le défi des zones blanches ?
Bien évidemment. Monsieur Ouattara du Programme national de connectivité rurale, sur le panel, a indiqué qu’il y a plusieurs projets en cours pour la couverture des zones rurales. Il est clair que le satellite pourra être un atout important. Vous conviendrez avec moi qu’il y a des zones, dans le pays où on ne peut pas arriver avec les réseaux terrestres, en raison des voies d’accès, des problèmes d’énergie. Et c’est là que le satellite a tout son sens. Donc, dans l’approche prônée par Monsieur le président de la République et le ministre de la Transition numérique et de la Digitalisation, l’idée, c’est de voir comment combiner les réseaux terrestres 5G, 4G, 3G, tant qu’en fin de journée, on puisse répondre aux besoins des populations. Peu importe là où elles se trouvent sur le territoire national.
Votre avis sur la première édition d’Ivoire Tech Forum ?
C’est une très belle initiative. C’est vrai que plusieurs pays nous ont devancés, notamment la France avec VivaTech. Mais, cette initiative est à saluer. Elle permettra de sensibiliser les populations, les étudiants et toutes les entreprises sur les projets d’économie numérique que la Côte d’Ivoire implémente. Elle permettra également, aux startups de se faire connaître en termes de produits, d’activités, d’applications relatives aux communications électroniques. Je voudrais inviter les populations à venir visiter les stands et découvrir le talent des jeunes Ivoiriens.
Interview réalisée par K. Bruno



































