Jérôme RIBEIRO est le fondateur de Human AI. L’intelligence artificielle, c’est sa passion. Dans cette interview exclusive, bien sûr, il en parle avec passion.
Que faites-vous à Human AI ?
Human AI est un groupe qui accompagne les gouvernements sur les stratégies nationales IA. Nous les accompagnons dans la mise en place des outils IA après que cette stratégie a été adoptée. Nous faisons des formations sur les outils IA, des Masterclass IA, cybersécurité, blockchain, IoT, jeux vidéo, réalité virtuelle. Nous accompagnons aussi les entreprises et institutions à développer de l’intelligence artificielle en leur sein sur un cahier des charges. On explique aux dirigeants ce que l’IA va leur rapporter comme retour sur investissements. Enfin, nous développons, nous-mêmes des solutions propres IA, au service de l’humanité.
Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?
C’est une bonne question parce qu’aujourd’hui, tout le monde parle d’IA sans savoir ce que c’est. L’IA, c’est une technologie qui tend à simuler le raisonnement humain via des algorithmes et grâce à de la donnée. Une fois qu’on a dit ça, la question qui suit, c’est pourquoi on parle des IA génératives ? Eh bien, parce que la sortie des IA génératives, telles que ChatGPT qui a fait le grand boom au départ, et DeepSeek ont révélé quelque chose. Au départ, il y avait le droit privé, les données, etc. Tout était accessible. Mais, les IA génératives ne représentent qu’une infime partie de ce qu’est l’intelligence artificielle.
Que permet, aujourd’hui, de faire l’IA ?
Avec l’IA, on peut faire de la vérification de vie biométrique. On peut regarder les besoins en eau des plantes et les arroser en fonction. On peut regarder les maladies des plantes, on parle beaucoup d’agriculture. Ça peut regarder à la place d’un médecin qui peut faire jusqu’à 30% d’erreurs sur la lecture de rayons X. L’IA peut regarder simultanément des milliers de scanners de rayons X, d’IRM, en faisant très peu d’erreurs, en étant d’une aide précieuse au médecin.
On peut faire de la télémédecine avec de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire la médecine à distance parce qu’aujourd’hui, l’accès à un médecin est très difficile. Il en manque de partout dans le monde. Et là, grâce à cette technologie IA, on peut le faire via un smartphone. Bien sûr, ça n’enlève rien aux qualités du médecin, mais l’IA peut être comme un entonnoir, et vous dire voilà, vous avez telle ou telle maladie, et ensuite, vous allez voir un médecin, donc l’accès à un médecin.
On parle aussi beaucoup de chatbots qui répondent à la plupart des préoccupations des clients pour les banques, les sociétés de service. Par exemple, quelle est le solde de mon compte bancaire, comment puis-je télécharger mon RIB. Ou pour les sociétés de consommation d’électricité, le chatbot peut répondre aux clients sur des questions du genre : est-ce que j’ai augmenté ma consommation ? Est-ce que le prix de l’électricité a augmenté ? Pourquoi ? Au lieu d’affecter, sur ce travail, un conseiller client qui sera indisponible à certaines heures, vous avez un chabot ouvert 24h sur 24, 7h sur 7. Donc, il faut voir l’IA comme un outil de service, et pas de remplacement de l’homme. On a peur pour ses emplois, or, c’est un outil au service de l’humanité.
La Côte d’Ivoire est-elle prête à développer des solutions IA ?
Bien sûr qu’elle est prête ! Elle a les talents. La preuve, beaucoup trop de talents quittent le pays pour monnayer leur savoir-faire ailleurs. Moi, j’en connais plein ! Je pense au docteur Wilfred Hamilton, par exemple, qui a reçu des prix sur IA et drone. Il est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux des drones, et il vit en Allemagne aujourd’hui qu’on peut faire revenir ! Vous avez des talents aussi sur place.
Mais, il faut, pour ça, créer un écosystème. On ne peut pas développer des solutions si le monde de l’entreprise n’investit pas dans ces solutions, et on aura la fuite des cerveaux. Donc, il faut expliquer la technologie aux entrepreneurs, aux créateurs de richesse. Et il faut expliquer à tous les Ivoriens ce que ça va leur apporter. Par exemple, un agriculteur, il peut multiplier jusqu’à trois fois ses profits en intégrant l’intelligence artificielle. Mais, pour convaincre, il faut démontrer. La démonstration de solution est primordiale. Dans la santé, vous avez des talents de partout. Au lieu de les mettre sur des technologies qui vont être dépassées, on peut les mettre sur les technologies de demain, en répondant aux problématiques de la Côte d’Ivoire. C’est pour ça que la santé, l’agriculture et l’éducation sont les priorités du gouvernement pour répondre aux besoins de l’ensemble des Ivoiriens.
Quelques solutions d’efficacité de l’IA dans la santé et l’agriculture, par exemple ?
Sur la santé, il faut des solutions pour faciliter l’accès de tous les Ivoiriens aux soins de santé et qui soit dignes de confiance. Sur l’agriculture, c’est un sujet aujourd’hui. Avec la guerre en Ukraine, on n’avait plus de blé de partout dans le monde. Pourquoi ? Parce que l’Ukraine est le plus grand fournisseur de blé. Or, avec l’IA, on a des solutions aujourd’hui pour cartographier avec un smartphone vos hectares de terre ou vos hectares de culture. L’IA va vous dire, en fonction des sols, quelle est la culture la mieux adaptée pour optimiser vos rendements.
Je vois que la Côte d’Ivoire est une grande productrice de manioc. Vous l’exportez, mais vous importez de la tomate et des oignons. Il faut expliquer aux agriculteurs qu’ils peuvent produire de la tomate et des oignons et les proposer rapidement aux consommateurs locaux. Et ça, la technologie peut le faire via des applications et l’IA peut les mettre en relation producteurs-consommateurs pour une distribution locale plus efficace, avec des retours sur investissements.
La Côte d’Ivoire a les talents et les moyens, elle a les universités. Vous avez des universités qui sont rayonnantes, comme l’INP-HB, l’Université de San Pedro et l’ESATIC qui ont une aura internationale, et vous avez des talents. Vous l’avez montré, je crois, à la CAN hein ! Vous avez perdu 4-0. Derrière, vous revenez grâce au Maroc et vous gagnez la CAN. Vous êtes un peuple résilient, il y a du potentiel dans le pays. Donc, vous allez gagner la CAN de l’intelligence artificielle.
Que peut rapporter l’IA à une entreprise ?
Quand on adopte l’IA en son sein, en son entreprise, dans un secteur, on multiplie par trois et demi les profits en moyenne internationale. Mais, si vous n’avez pas digitalisé au départ, vous pouvez encore plus, puisque la digitalisation va vous rapporter des profits et du service aussi à vos clients, à vos consommateurs et aux travailleurs de l’entreprise. Ça va alléger le travail de ces derniers, le rendre qualitatif, parce que l’IA va automatiser les tâches répétitives. Donc, ça va aider, ça va donner du service et ça va développer du chiffre d’affaires.
L’IA vous aide à mieux construire vos services, à mieux les identifier, à mieux voir les attentes de vos consommateurs. L’IA, c’est un outil de traitement de la donnée qui simule le raisonnement humain. C’est comme un chef d’entreprise qui a besoin de données pour prendre des décisions. Dans une voiture, par exemple, vous avez le niveau d’essence, le niveau d’huile, la vitesse limitée ou pas. Vous savez ce qu’il y a à faire pour aller à Yamoussoukro, l’essence pour arriver à destination en temps et en heure, etc. C’est pareil pour une entreprise. Ce sont des indicateurs de performance pour le chef d’entreprise pour faire des prédictions.
L’IA se nourrit de données. Alors, qu’est-ce que c’est, cette donnée ?
Je prends un livre, je le transforme en 0 et 1, je le digitalise. Il est accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Tout ce qui est à l’intérieur du livre, c’est ça la donnée. Aujourd’hui, on estime que seuls 3% de la donnée africaine est sur le sol africain, ce qui n’est pas normal. Donc, il faut investir sur les data centers, sur l’infrastructure. Un data center, ça coûte cher, mais ça rapporte beaucoup.
Regardez Google, ils ne vendent rien. Pourtant, ils sont valorisés à 2 500 milliards de dollars. Le PIB de la Côte d’Ivoire est à 83 milliards de dollars. Donc, Google est plus puissant que des États, y compris européens. Mais, ça veut dire aussi que nous sommes devenus un produit. Et ce produit est bancable. Du coup, il faut investir dans les infrastructures pour avoir notre propre donnée en fonction des réalités locales. Le chef de l’État a parlé d’une cité de l’innovation et de la culture. C’est un commencement. Je félicite le président et le ministre Ibrahim Khalil Konaté, avec ses équipes, Stéphane Coulibaly qui est le directeur de l’innovation, du secteur privé et des start-ups, qui font un travail remarquable.
Que reste-t-il à la Côte d’Ivoire pour franchir la dernière ligne vers l’IA ?
La stratégie, c’est un cadre qui permet à l’ensemble des Ivoiriens, de se projeter dans cette technologie, qui permet d’avoir des infrastructures dignes de confiance, et d’avoir une ligne de conduite, et des missions de se dire, voilà, il faut investir dans les infrastructures, c’est indispensable. Il faut faire de l’interopérabilité avec les opérateurs, travailler avec le secteur privé, ce qui est indispensable pour des investissements, je pense notamment à l’accès à la 5G ou à la fibre, ou à Internet qui doit être accessible à l’ensemble des Ivoiriens sur le territoire.
Je pense que ça va aller vite. La difficulté, c’est l’adoption par chaque Ivoirien. Vous savez, tout est prêt en Côte d’Ivoire. Tout est là. Il y a un cadre juridique, il y a une stratégie, il y a des moyens, il y a des outils. Maintenant, ça va dépendre de vous-mêmes. Qu’est-ce que vous voulez faire ? Est-ce que vous voulez être acteur de cette technologie, ou une victime ? On ne fera plus le même métier pendant 40 ans comme le faisaient nos aïeux. Je suis en train d’écrire un livre qui montrera que l’IA change l’humanité. La volonté du gouvernement, c’est de vous donner les moyens grâce à cette stratégie. Donc, posez-vous la question : est-ce que je veux être un acteur, ou est-ce que je veux être une victime ?
Interview réalisée par K. Bruno




































