Expert indépendant, consultant pour le compte du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) du Bénin, Sénégal et Niger, Jonas Djrepo était panéliste à la 2ème édition du Symposium sur l’état civil en Afrique francophone, le 10 décembre 2024, autour du thème : « L’universalité de l’état civil au défi des mobilités internationales ».
Dans son état des lieux de la problématique de l’identification, il a indiqué que le cas des réfugiés est toujours d’actualité en raison des crises multiformes qui secouent le monde. Celles-ci créent des disparités entre Etats, en termes de flux migratoires et de traitement de la documentation des demandeurs d’asile. Il suggère donc une documentation et un cadre juridique harmonisé afin d’assurer la couverture uniforme et équitable des réfugiés par la digitalisation des services d’état civil.
Comment la digitalisation de l’état civil a restauré l’identité des refugiés Maliens ?
A titre d’exemple, il a révélé que lorsque les Maliens ont quitté leur pays en 2012 pour trouver refuge au Niger, au Burkina Faso et en Mauritanie, à la suite du coup d’Etat, beaucoup ont souhaité, par la suite, participer aux élections de leur pays d’origine. Et le HCR a créé des centres de vote dans leurs pays d’asile. « Ces personnes ont pu être documentées pour prendre part aux élections au Mali bien que la plupart ne fussent pas documentées au préalable. Dans ces conditions, la reconstitution des documents d’identité se fait, en général, sur la base d’une déclaration ».
Sauf que, explique-t-il, « pour ces Maliens, la digitalisation de l’état civil a joué un rôle crucial ». « L’opération Recensement administratif vocation d’état civil (RAVEC), avant la crise, a permis aux Maliens d’être enregistrés et les informations sur les Maliens en exil étaient stockées déjà dans une base de données disponible, fiable et sécurisée à Bamako. Et comme Bamako, la capitale malienne, n’a pas été affectée par la crise, le recours à cette base de données a permis de documenter ces personnes », s’est voulu plus explicite Jonas Djrepo.
Sans digitalisation d’état civil, l’apatridie
Tout le contraire des Libériens et des Sierra Léonais qui s’étaient réfugiés au Ghana et au Nigéria. Lorsqu’on avait besoin de documentation de leurs pays d’origine, c’était possible puisque la guerre avait détruit les archives. Par conséquent, ces personnes sont restées longtemps en exil sans statut juridique. « Certains réfugiés ont fait des enfants qui ont grandi dans leur pays d’accueil sans jamais retourner dans leur pays d’origine. A la fin de la crise, les pays d’origine ont conduit des missions, avec l’appui du HCR pour voir si ceux qui se réclamaient de ces pays étaient vraiment des nationaux », confie-t-il.
Et là, des milliers de personnes ont été rejetés par les autorités Sierra Léonaises et Libériennes, et sont devenues des apatrides. La guerre avait détruit les registres physiques d’état civil. Il a fallu des négociations entre le HCR et les dirigeants de ces pays pour alléger les critères d’acceptation de ces réfugiés. Car, ceux-ci étaient sévères. « Comment voulez-vous interroger une personne née à l’étranger qui n’est jamais allée dans son pays d’origine, en langue locale et lui demander des informations sur son village ? », s’est-il interrogé, avec un brin d’ironie. Avant de répondre : « Aujourd’hui, la digitalisation de l’état civil permet de régler ces problèmes en amont, de reconstituer les données en cas de crise ».
Yao E




































