Bien avant l’arrivée des plateformes numériques, expédier un colis en Côte d’Ivoire relevait d’un véritable système D. Il fallait se charger soi-même du transfert ou solliciter les compagnies de car ou de camions de transport. Un service moyennant une modique somme.
Progressivement, ces entreprises de transport ont structuré l’activité. Des grilles tarifaires sont apparues selon le poids et la destination, accompagnées d’un système de numérotation pour suivre les colis. Côté réception, une pièce d’identité ou un numéro de téléphone suffisait pour prouver l’appartenance. Mais la méthode avait ses limites. Les pertes, les vols ou les erreurs de destination étaient monnaie courante.
Le e-commerce accélère le secteur de la livraison
Faute de contrôle réel, tout repose sur la confiance. Aucun moyen de suivi, aucune structuration réelle. Le secteur avance à tâtons, sans cadre logistique formel. Le tournant arrive en 2012. Le 19 décembre, Sanli Shop, une initiative de La Poste, Aramex et ADA, devient la première plateforme de e-commerce en Côte d’Ivoire. Les livraisons sont réalisées par les employés, principalement en voiture. Malgré l’innovation, le projet ne rencontre pas l’adhésion escomptée. Il faudra attendre le 26 juin 2015 pour voir émerger un véritable acteur de rupture, Jumia la disruptive.
Son application Android débarque, le 28 août de la même année. Avec ses livraisons à domicile ou en points relais assurées par des livreurs à moto, l’entreprise démocratise l’e-commerce. Arrivé en târ et en fanfare, Jumia commence avec ses propres entrepôts et ses livreurs salariés, souvent d’anciens employés financés pour acheter leurs motos. Certains en possèdent plusieurs et se connectent à la plateforme en prestataires indépendants. Dans la foulée, Afrimarket se lance à son tour en août 2015, avec une promesse forte de livrer jusqu’aux villes de l’intérieur.
Une génération de livreurs jeunes et sans emploi
Mais l’aventure Afrimarket s’arrête en 2019 avec l’annonce de sa liquidation à Paris. Cdiscount, également présent dès 2015, connaît un sort similaire. Des retards de livraison qui dépassaient parfois 36 jours et une logistique centralisée en France précipitent sa fermeture dès 2016. À la chute de ces géants, une génération de livreurs, souvent jeunes et sans emploi, se retrouve livrée à elle-même. Pour continuer à vivre de cette activité, il faut changer son fusil d’épaule. Beaucoup se tournent alors vers les petites boutiques en ligne, en plein essor entre 2016 et 2019. C’est la renaissance du métier, toujours informel, mais de plus en plus visible.
Le métier de livreur à moto explose à cette période. Dans certains quartiers d’Abidjan, on a presque l’impression qu’il y a plus de livreurs que de vendeurs. Ce boom attire l’attention d’autres acteurs. Le 8 avril 2019, Glovo annonce son arrivée. Yango, déjà actif depuis 2018, entre aussi dans la danse. En 2022, l’entreprise propose la livraison d’articles, puis en 2023, lance officiellement Yango Deli.
La digitalisation de l’économie transforme la livraison
Dans cette ébullition, plusieurs structures de livraison autonomes voient aussi le jour. Le métier commence à nourrir son monde. La digitalisation accélère l’organisation du secteur. Mais les tentatives de régulation ne portent pas toutes leurs fruits. Un communiqué de l’ARTCI, publié 13 janvier 2021, pour réserver le monopole de la livraison à La Poste, reste sans grand effet.
Aujourd’hui, la livraison à moto est devenue la solution de référence, pour contourner les problèmes d’adressage et de circulation dans les villes. Les livreurs, familiers des quartiers, utilisent souvent le téléphone pour guider leurs trajets, grâce à la technologie du GPS. C’est la méthode idéale pour compenser l’absence d’un système d’adresse formel.




































