Léocadie Loukou Yao est le Secrétaire exécutif de l’Observatoire de la qualité des services financiers (OQSF) de Côte d’Ivoire. Elle était à Next Fintech Forum 2025, à Dakar, où elle a présenté les missions et les actions actuelles et futures de l’OQSF. Dans cette interview exclusive, elle soutient que la finance digitale a permis de faire des avancées notables. Elle revient aussi sur la possibilité de faire des transferts d’argent entre émetteurs de monnaie électronique sans changer d’opérateur grâce à PI-SPI développée par la BCEAO.
En votre qualité de Secrétaire exécutif de l’OQSF, est-ce qu’en Côte d’Ivoire, on pourra faire avec la Plateforme interopérable de la BCEAO un transfert d’argent, par exemple, d’Orange Money à MTN Money et vice-versa et à 0F CFA ?
C’est ce que dit PI-SPI, c’est ce que dit la BCAO qui est le régulateur et l’initiateur de cette plateforme d’intérêt et d’importance. Je n’ose pas y répondre directement parce que vous avez entendu, tout à l’heure, le réseau de distributeurs du mobile money, se plaindre. En revanche, dire qu’on va faire désormais faire des transferts d’argent, à zéro franc, c’est également tout un marché, donc tout un pan du marché qui risque de disparaître. Mais, oui, la plateforme PI-SPI permettra de faire des transferts d’Orange à MTN sans avoir à changer d’opérateur.
Nous sommes à Next Fintech Forum, à Dakar, où plusieurs problématiques de la fintech ont été abordées. Quelles sont vos impressions et quelles peuvent être les retombées pour les consommateurs de services financiers ivoiriens ?
Oui, en tout cas, le forum est d’intérêt parce qu’on a abordé les défis de demain qui sont déjà devant nous. La finance, l’aspect digital, va plus vite que la population. Et nous, spécifiquement, nous sommes intervenus sur ce qu’a apporté la finance digitale aux populations, plus spécifiquement, ce qu’il reste à relever comme défi pour que nos populations en tirent profit. Pour vous dire que, pour nous, la finance digitale a permis de faire des avancées notables pour nos populations. En matière d’amélioration de la qualité des services, on a de nouveaux services qui sont offerts. On a un rapprochement de ces services des populations.
Ce qui reste comme défi, c’est l’éducation. Comme tout ce qui est digital va très vite, il convient de former nos populations, qu’elles soient bancarisées ou qu’elles soient dans la finance numérique. Il convient de les former sur leurs droits et devoirs. Donc, d’un côté, c’est de former nos populations, mais de l’autre côté, c’est d’appeler également à plus de transparence de ceux qu’on va appeler les fournisseurs de services financiers, pour qu’on soit dans une relation de totale confiance. Une fois que nous sommes dans une relation de totale confiance, je crois que l’inclusion financière va progresser, le taux va s’accroître, parce que le consommateur va consommer en toute sécurité, avec beaucoup de sérénité.
A l’Observatoire, avez-vous le sentiment que la qualité des services financiers en Côte d’Ivoire s’améliore ?
Alors, c’est ce que nous appelons de tous nos vœux, nous Observatoire de la qualité. La mission qui nous est confiée par l’État de Côte d’Ivoire, c’est de veiller à l’amélioration de la qualité des services financiers. Et sur ce point, nous travaillons avec les fournisseurs de services financiers à rendre opérationnelle la partie obligation d’information, qui pèse sur ces fournisseurs. Ceux-ci ont l’obligation de porter l’information à leurs clients de ce que l’État de Côte d’Ivoire a créé un Observatoire qui peut être saisi à tout moment par tout client, une fois qu’il est en relation contractuelle avec un fournisseur de services financiers.
Deuxième chose, on va rendre opérationnelle la partie évaluation. L’État de Côte d’Ivoire va permettre désormais à un consommateur de services financiers d’évaluer son fournisseur de services financiers, qu’il soit banque, assurance, émetteur de monnaie électronique ou microfinance. Donc, nous allons avoir un retour, on va dire, détaché, et avec ce retour, on va pouvoir travailler à améliorer au quotidien la qualité des services financiers. Quand je dis ça, il faut également féliciter déjà les fournisseurs de services financiers, parce qu’il y a des efforts qui sont faits.
En fait, on a un gap entre les efforts des fournisseurs de services financiers et l’attente des consommateurs. Donc, il faut qu’on arrive à mettre à équidistance les efforts des fournisseurs de services financiers et l’attente des populations pour faire baisser cette perception que les consommateurs ont, que les fournisseurs de services financiers viennent seulement pour s’enrichir et les voler. C’est une perception qu’on a observée parce qu’on a eu la chance de faire une tournée dans les 31 régions de la Côte d’Ivoire, et on sent, du côté du consommateur, cette méfiance. Donc, l’Etat de Côte d’Ivoire, en créant l’Observatoire, veut permettre à chacune des parties de jouer son rôle, qu’on ait une confiance totale des fournisseurs de services financiers, d’abord, entre eux, et ensuite, entre les consommateurs et les fournisseurs de services financiers.
Depuis la création de l’OQSF, quelles sont les principales actions à mettre à votre actif pour réduire cette perception ?
L’OQSF Côte d’Ivoire est né en 2016, il est opérationnel depuis 2019, et je suis le deuxième Secrétaire exécutif. Le premier, c’est M. Moussa, qui a travaillé à poser les bases. Nous, nous sommes aujourd’hui en train de vulgariser ces textes, et quand je vous dis qu’on va opérationnaliser la mission d’évaluation, c’est à mettre à l’actif de l’Observatoire, parce que la parole va être donnée aux consommateurs. Le consommateur a l’impression que ses aspirations ne sont pas perçues par son fournisseur, et le fournisseur de services financiers est en attente de recevoir les vrais ressentis de son client pour améliorer la qualité des services.
Ce qui est également à mettre à notre actif, c’est un site internet qui permet de se former. C’est un site intégré d’une intelligence artificielle qui s’appelle Edufina. Vous rentrez sur Edufina, vous vous connectez, vous avez accès à la documentation financière pour permettre à chacun de savoir ce que c’est qu’un agio, par exemple, ce que c’est qu’un contrat d’assurance… En tout cas, les éléments de base pour avoir une meilleure consommation financière sont sur Edufina. Nous avons aussi un comparateur de services financiers qui donne la possibilité au consommateur, avant de souscrire à un produit, de comparer ce qu’il se fait sur le marché. Donc, nous travaillons à plus de transparence sur le marché financier.
Pourtant, vous n’êtes pas très connu par les Ivoiriens…
Oui, et c’est pour cela que nous avons lancé la campagne de vulgarisation des missions et des outils de l’Observatoire. Nous avons tourné de mars à septembre 2025. Et on sait qu’à partir de l’année prochaine, 2026, vu le plan d’action que nous allons développer, je crois que les Ivoiriens seront largement informés de ce que nous faisons pour leur permettre de bénéficier de services financiers sûrs.
Entretien réalisé par K. Bruno
Envoyé spécial à Dakar




































