Les banques, les startups fintech et les opérateurs de télécommunications nouent des alliances plus solides et transforment la manière dont des millions de personnes à travers le continent accèdent au crédit, aux paiements et aux services financiers numériques.
Selon le rapport « Banking on Innovation » de Briter Intelligence et Lateral Frontiers, les entreprises fintech d’Égypte, du Kenya et du Nigeria ont levé collectivement plus de 6,5 milliards de dollars au cours de la dernière décennie. Cela témoigne d’un passage d’une expansion rapide à une croissance durable, axée sur les partenariats.
Le Nigeria, le Kenya et l’Egypte en têtes
Le rapport indique que le Nigeria à lui seul a attiré plus de 3 milliards de dollars, grâce notamment aux grandes startups de paiement telles que Paystack, Flutterwave et Moniepoint. Tandis que l’écosystème fintech du Kenya a attiré environ 2 milliards de dollars, principalement dans le crédit numérique et le financement d’actifs.
Le secteur fintech égyptien, désormais le plus financé du pays, a amassé 1,68 milliard de dollars, grâce à des acteurs comme Fawry, Khazna, Paymob et MNT-Halan.
Ce qui frappe, c’est que la collaboration, plutôt que la rupture, renforce aujourd’hui l’inclusion financière en Afrique. En Égypte, le partenariat de Banque Misr avec valU a étendu les services d’achat immédiat et de paiement différé (BNPL) aux populations sous-bancarisées. Modernisant ainsi le crédit à la consommation dans un pays où l’argent liquide reste prédominant.
Au Kenya, l’alliance de Citi avec Visa et Cellulant a donné naissance à Citi Optimised Pay ,comblant un déficit de financement des PME de 25 milliards de dollars en permettant aux petits fournisseurs d’accéder aux paiements instantanés. Au Nigéria, l’intégration de Paystack avec les principales banques a optimisé les transactions marchandes, un succès si retentissant que l’acquisition de Paystack par Stripe pour 200 millions de dollars est devenue un modèle de synergie entre fintech et banque dans toute la région.
Le rôle des banques centrales
Le règlement égyptien sur l’interopérabilité des portefeuilles numériques et le réseau national de paiements Meeza, la législation kényane sur les fournisseurs de crédit numérique et le cadre nigérian pour l’open banking (2023) témoignent d’une initiative réglementaire coordonnée visant à encourager l’innovation tout en préservant la protection des consommateurs.
L’étude souligne que plus d’un tiers des investissements en capital-risque en Afrique depuis 2014 ont été consacrés à la fintech, qui est aujourd’hui le secteur technologique le plus dynamique du continent.
La gouvernance des données, à l’incohérence réglementaire
Concernant les défis, le rapport met en garde contre les problèmes liés à la gouvernance des données, à l’incohérence réglementaire et aux coûts de mise en conformité qui menacent les progrès.
Les résolutions nigérianes concernant les prêteurs numériques non agréés et les restrictions égyptiennes sur le partage de données ont freiné l’expansion de certaines startups. Il faut noter que les fintechs s’adaptent grâce à des partenariats stratégiques, un dialogue précoce avec les autorités de régulation et une attention accrue portée à la cybersécurité et à la confiance des utilisateurs.
Privilégier l’infrastructure plutôt que la duplication
Les défis pour les fondateurs, le rapport recommande de développer avant d’octroyer des licences, de nouer des alliances stratégiques et de privilégier l’infrastructure plutôt que la duplication. En Égypte, les opportunités résident dans l’e-KYC et les services bancaires en tant que service (BaaS). Au Kenya, dans les outils de crédit agricole et pour les PME ; et au Nigéria, dans la finance intégrée basée sur l’open banking.
La résilience et la capacité d’adaptation
Malgré le ralentissement mondial du capital-risque, les fintechs africaines font preuve de résilience et de capacité d’adaptation. La croissance soutenue de l’Égypte, la maturité de l’écosystème kenyan et l’envergure du Nigeria démontrent que le secteur financier du continent doit constamment privilégier la collaboration entre les banques, les opérateurs télécoms et les innovateurs afin de faciliter l’accès aux services et d’instaurer un climat de confiance.
La capacité à innover et à collaborer, à s’adapter et à construire des systèmes inclusifs qui ne laissent personne de côté est absolument indispensable aux fintechs africaines et à d’autres acteurs du secteur.




































