Longa Andréa est présidente-fondatrice d’Abidjanaises In Tech, un réseau d’expertises féminines en matière de technologies. Dans cet entretien exclusif, elle parle de la vie de son réseau, des opportunités offertes à ses membres et de sa vision pour l’avenir.
A quel moment avez-vous senti le besoin de créer Abidjanaises In Tech ?
C’est d’abord une histoire de femmes qui osent les filières technologiques. Je dis qui ose parce que je trouvais que les carrières de femmes dans le secteur technologique étaient moins visibles. On a une sous-représentation des femmes dans la technologie. Les chiffres de la Stratégie nationale du numérique donnent 16% de femmes dans la tech, en 2019. Au regard de ces données, avec mon amie Anah Coulibaly, nous avons soulevé plusieurs questions sur notre rôle en tant que femmes dans cet écosystème. En réponse, j’ai lancé sur les réseaux sociaux Abidjanaises In Tech. Mon objectif est d’attirer les femmes vers la technologie. Et petit à petit, la communauté est née. Nous sommes un groupe privé et nous créons des opportunités d’emplois et d’affaires pour les femmes.
On vous a vue au Cyber Africa Forum 2024, lors d’un panel consacré aux femmes…
C’était une belle vitrine qui a permis aux membres du réseau de faire connaître leurs expertises, de rencontrer des gens, d’avoir des opportunités. Pour l’année 2024, on a défini nos piliers qui sont : inspirer, outiller et connecter. On a mis en place un programme de mentoring où on suit 20 étudiantes de l’Institut ivoirienne de technologie sur 3 ans. On a créé un talk-show sur YouTube où on interroge les experts qui décryptent l’écosystème technologique. On fait plusieurs événements, des Master class, des ateliers, etc. On a aussi un lien avec la diaspora de Paris avec qui nous avons créé From Abidjan to Paris, un évènement où on montre à l’écosystème parisien les potentialités de l’écosystème ivoirien. On a une newsletter où on utilise des codes créatifs pour permettre aux gens de comprendre les termes compliqués dans la technologie.
Que gagne Abidjanaises In Tech ?
Une participation dans les intermédiations ou les deals. On a aussi en projet de créer un baromètre d’analyse de la situation des femmes dans la tech. C’est une enquête qui va durer toute l’année pour sortir des chiffres actualisés de l’influence des femmes dans la tech. En perspective, il s’agira de développer la structure de service pour permettre à Abidjanaises In Tech de s’autofinancer et à ses membres d’avoir beaucoup de deals. Enfin, nous souhaitons rassembler toutes les Women in tech d’Afrique francophone. Nous avons lancé, au Togo, Togolaises In Science, à Dakar, Dakaroises In Tech et Kinoise In Tech à Kinshasa. On a un partenariat avec AGL dans le cadre du centre d’innovation Yiri, qui va réserver une place à une femme du réseau dans son programme Accelerate, et Digital Africa avec son programme Fuzè pour les startups féminines.
Comment êtes-vous arrivée dans le numérique ?
J’ai fait du markéting, mais j’avais une attirance pour le digital parce que mon père est informaticien. Quand j’ai vu que le marché du markéting était saturé, j’ai cherché des alternatives. Je voulais faire un lien entre ma formation et la technologie. Donc, j’ai fait une formation RESKILLING pour ma reconversion. C’est comme ça que, après plusieurs formations, je suis entrée chez Accenture, un cabinet-conseils qui m’a formée et m’a transformée en chef de projet digital. En revanche, je n’ai pas de diplôme en sciences, je ne sais pas coder. Mais, aujourd’hui les métiers de la tech sont si nombreux qu’on n’a pas forcément besoin d’un diplôme d’ingénierie. On peut se former, utiliser l’expérience d’un métier existant et y ajouter le numérique.
Qu’est-ce qui fait la particularité de votre réseau ?
Plusieurs organisations féminines existent. Notamment Simplon, DinexAfrica, She Is The Code, DigiFemmes. Leurs missions, c’est de former et encourager les femmes à s’intéresser à la technologie. Nous, on se positionne dans les affaires. On cible les professionnels. Nous ne sommes pas un centre de formation, mais nous sommes complémentaires avec toutes les structures qui forment les femmes. On n’a pas de subventions. Ça fait seulement un an qu’on existe. On doit donc se structurer pour prétendre à des subventions. Pour le moment, on vit des cotisations des membres. Quand on fait des événements, on cherche des sponsorings. Et puis, on a beaucoup travaillé sur nos communications. Par conséquent, les entreprises utilisent notre base de données pour communiquer et ça, c’est payant. On est en train de travailler pour qu’Abidjanaises In Tech ait un modèle : association et société de service.
Vous êtes Congolaise de la RDC, vous avez fait des études en France. Pourquoi avez-vous choisi d’investir en Côte d’Ivoire ?
J’ai une vision panafricaine, donc peu importe où je suis, pourvu que l’action ait un impact sur les femmes dans l’écosystème technologique du continent. Je suis venue pour la première fois à Abidjan en vacances et c’est une ville que j’ai appréciée pour son hospitalité. Ici, le projet que je porte a été très bien accueilli. Mais, nous, on ne se pose pas la question de savoir d’où on vient mais ce qu’on peut faire pour tirer l’écosystème numérique de la Côte d’Ivoire vers le haut. Et puis, la croissance économique du pays ces dernières années et la stabilité politique ont joué dans l’équation. C’est aussi un premier pas pour s’implanter sur le continent. Avec Africaines In Tech que nous sommes en train d’installer, on va s’implanter en RDC, mon pays d’origine. Mais, je crois que la Côte d’Ivoire est un pays qui attire vraiment et un pays qui a réussi à bien vendre son label, que ce soit au niveau du tourisme, de la CAN, de la tech.
Quelle est votre vision pour la femme dans la tech ?
Ma vision, c’est qu’on arrive à faire collaborer les femmes avec Africaines In Tech, qu’on ne soit plus chacune dans sa bulle. Si on arrive à collaborer et à créer des synergies avec toutes les femmes des pays africains francophones, cela va amplifier notre voix et nous donner plus de crédit, en faisant en sorte d’avoir beaucoup de jeunes filles à l’école qui se lancent dans les filières scientifiques. Il faut que nous créions cet intérêt à Women In Tech pour nous assurer que les générations après nous soient plus nombreuses dans le numérique. Je voudrais, dans cette optique, féliciter les membres d’Abidjanaises In Tech. Si le réseau a pris, c’est grâce à elles. Il y a des femmes qui font des choses incroyables mais qui sont cachées et notre objectif, c’est de les mettre en lumière.
Entretien réalisé
Par Eugène Yao



































