La régulation de la BCEAO, ce n’est pas contre les fintech. Il en est ainsi dans toutes les régions du monde. Et elle peut servir aux intérêts des fintechs. C’est l’avis de Natasha Dimban, vice-présidente de l’Observatoire de la fintech (France), dans cette une interview exclusive, à Dakar, au Next Fintech Forum 2025.
A quoi sert l’Observatoire de la fintech dont vous êtes la vice-présidente ?
D’abord, il faut savoir que c’est un think-tank qui est basé en France. Nous réalisons de la veille dans le secteur de la fintech, ainsi que des analyses et des études stratégiques. C’est dans ce cadre que nous avons développé une coopération avec Next Fintech Forum que préside Alex Sea. Donc, nous sommes ici, à Dakar, à cette édition, pour renforcer cette coopération, étudier encore plus l’écosystème fintech de l’UEMOA et voir dans quelle mesure nous pouvons apporter notre expertise dans la réalisation d’études spécifiques sur la région.
Et quelles sont vos premières observations après avoir vu et entendu tous les acteurs de la région UEMOA ?
Je suis très contente d’être venue. Quand je vois en fait ce qui a été réalisé par rapport à d’où nous venons avec Alex Sea, je suis agréablement surprise par tout le travail qui a été abattu. Les discussions étaient très denses, riches avec des participants de haut niveau qui maitrisent leurs sujets. On aurait aimé que ça dure un peu plus, malheureusement, il faut bien que ce soit limité dans le temps.
Au moment où les fintech semblent prendre envol, la BCEAO « les plombe » avec et la régulation et le PI-SPI, disent-elles…
Bon, ce que j’ai envie de dire, c’est que la fintech, par définition, les startups, en général, elles ont l’habitude d’être agiles, d’évoluer hors cadre réglementaire pour se développer. Malheureusement, pour elles, mais heureusement, pour le consommateur, on est dans un environnement qui doit être encadré, d’autant plus qu’on parle de finances. La finance, par nature, c’est un environnement qui est régulé.
Donc, il est normal que des acteurs qui ont vocation à gérer, à évoluer dans un milieu où on parle de transactions financières, où on parle d’argent, qui ont vocation à toucher l’argent des gens, à le conserver, à le faire transiter, soient régulés, soient soumis aux mêmes contraintes que les autres acteurs financiers qui sont régulés. On peut commencer hors régulation mais à un moment donné, l’environnement impose un cadre réglementaire. Et ce n’est pas contre elles, les fintech, c’est ainsi dans toutes les régions du monde. Même quand on parle de libre concurrence, il y a quand même un minimum de règles à respecter sur le marché.
N’y a-t-il pas des points à améliorer dans la réglementation ou est-ce trop tard ?
Effectivement, il peut y a des points à améliorer. Par exemple, les tickets d’entrée, le fait que les agréments soient accordés pour un seul pays au lieu des 8 qui composent la zone UEMOA, je crois qu’il y a des améliorations à faire. Mais, on doit partir du postulat qu’on ne peut pas évoluer dans les finances sans être réglementé. Ce n’est pas forcément une contrainte, je le pense sincèrement.
Certes, cela peut être une contrainte au début, parce qu’il faut faire un effort financier pour acquérir la licence, un effort de ressources humaines pour observer toutes les règles de droit que cela impose, mais à la fin, c’est l’innovation et la créativité dont on va faire preuve qui fera le reste. C’est l’imagination créative qui va permettre aux uns et aux autres de pouvoir tirer leur épingle du jeu et avoir un vrai retour sur investissements par rapport aux efforts consentis. De plus, on est dans une zone où on parle beaucoup de manque de financement. Donc, justement, avoir le cachet de la Banque centrale, c’est aussi un gage de sécurité, de sérieux pour pouvoir attirer des investisseurs.
De votre position en France, avec cette régulation, vous pourriez davantage attirer d’investisseurs ?
Mais justement ! Pourquoi beaucoup de fintech affichent, aujourd’hui, PCI-DSS, surtout celles qui sont sur les transactions par carte ? Eh bien, parce que c’est un des standards mondiaux et quand on a cette étiquette, forcément, l’investisseur qui, par nature, veut avoir un retour sur investissement, est plus confiant pour mettre son argent. Donc, nous, si on peut répertorier toutes les fintechs de la région et de dire aux investisseurs : voilà le cadre réglementaire auquel elles sont soumises et voici celles qui ont réussi à décrocher l’agrément, l’impact sera important. Cela montre ainsi que la sous-région se structure, qu’elle est prête à favoriser et à développer des startups qui ont les reins solides.
Entretien réalisé à Dakar
Par K. Bruno




































