Okouin Marius est le CEO de la plateforme de cryptomonnaie IziChange. Dans cette interview exclusive, il explique pourquoi la cryptomonnaie a du mal à percer le marché de l’espace UEMOA, et les solutions qu’il déploie pour attirer les investisseurs francophones vers ce portefeuille électronique.
IziChange, qu’est-ce que c’est ?
IziChange, c’est une plateforme qui permet aux Africains de l’Ouest, d’acheter de la cryptomonnaie en utilisant les moyens qui sont propres à nos réalités, c’est-à-dire le mobile money. Donc, avec cette plateforme, nous aidons les Africains à prendre réellement connaissance de tout ce qui est crypto et de pouvoir l’utiliser comme moyen de paiement sur les plateformes internationales.
Un exemple de transaction possible ?
Par exemple, vous avez 50 000 francs sur votre Wave, Orange Money, MTN Money ou autres, vous venez sur notre plateforme, vous vous identifiez d’abord. Ça, c’est la première étape. Après cela, il y a un petit formulaire que vous renseignez qui est très simple, vous validez le montant que vous voulez utiliser pour payer de la cryptomonnaie, et directement votre compte est rechargé en crypto.
Quel intérêt y a-t-il à utiliser son portefeuille mobile money pour acheter de la crypto ?
L’intérêt que vous avez, c’est que, peu importe l’endroit où vous êtes, vous pouvez faire vos transactions. Vous n’avez pas besoin de venir physiquement chez nous pour faire l’achat ou vos transactions. C’est une transaction numérique, l’achat des cryptomonnaies. Donc, vous avez de l’argent numérique sur votre compte, et vous pouvez acheter de la crypto. Mais, ce que je peux vous dire en parlant de la crypto, on n’investit pas dans quelque chose qu’on ne connait pas. Il faut d’abord apprendre à connaître la crypto. Il savoir ce qu’on veut en faire.
Alors, pourquoi acheter de la crypto ?
Il faut, au préalable, se poser les bonnes questions et avoir des objectifs d’achat de la crypto. Donc, pourquoi voulez-vous acheter de la crypto ? Vous pouvez vouloir acheter de la crypto pour effectuer un transfert d’argent entre vous et quelqu’un qui est très loin de chez vous, dans un autre pays. Ça peut être aussi un investissement que vous voulez faire ou encore ce qu’on appelle de la spéculation. Autrement dit, vous achetez de la crypto, vous la gardez dans votre portefeuille, et quand le prix monte, vous revendez, vous faites du bénéfice. Il vous appartient de connaître le cas d’usage que vous voulez en faire. Nous, à IziChange, on donne de la facilité, en vous permettant d’acheter de la crypto.
Quand j’achète de la crypto, et plus tard, je veux reprendre mon argent en espèces, est-ce possible ?
Oui, c’est possible parce qu’on permet l’achat et la vente de crypto. Donc, quand vous achetez, vous avez la possibilité de stocker sur un Wallet interne à notre plateforme qu’on vous crée. Vous avez aussi la possibilité de stocker sur un Wallet externe à notre plateforme. Donc, quand vous réalisez votre gain et que vous voulez vendre, revendre, je vais dire, cette crypto, vous avez toujours cette possibilité de reprendre votre argent, on vous le restitue en francs CFA sur votre compte.
Quels sont les pays dans lesquels vous exercez ?
Actuellement, on couvre pratiquement tous les pays de l’Afrique francophone. On a constaté que, quand on parle de la crypto, ce sont les pays anglophones qui sont les plus actifs. Quand on parle de fintech, ce sont encore les pays anglophones. Nous, francophones, nous sommes moins intéressés. Donc, quand on a créé notre entreprise, notre objectif était de pouvoir connecter l’espace francophone de l’Afrique à l’écosystème blockchain. Depuis lors, nos actions et offres ont permis d’accélérer l’intégration de la Côte d’Ivoire, par exemple, dans cet écosystème. Et aujourd’hui, la plupart des pays d’Afrique francophones sont couverts.
Il se dit que les cryptomonnaies coûtent très cher. On parle de 100 000, 50 000 dollars…
C’est une problématique dont on a tenu compte parce que sur la plupart des places internationales, quand vous voulez acheter, on vous demande un minimum de 50 dollars ou de 100 dollars. Nous, on a tout fait pour déployer un système qu’on appelle out-chain où vous pouvez acheter de la crypto à partir de 5 000 FCFA.
Autrement dit, on a imaginé un système pour permettre à quelqu’un qui ne s’y connaît pas du tout en crypto, de ne pas se mettre à payer de gros montant le premier jour quand il vient sur le marché. Donc, nous arrivons à traiter ce que nous appelons les micro-transactions.
Ce sont des gens qui viennent acheter de la crypto pour 5 000 ou 2 000 FCFA. Avec ces petits montants, ils peuvent réellement s’exercer à comprendre comment ça marche avant de se lancer dans l’achat de gros montants. Donc, chez nous, à IziChanges, on permet au citoyen de l’UEMOA d’acheter de petits montants de cryptomonnaie.
Pourquoi les francophones hésitent-ils sur la cryptomonnaie contrairement aux anglophones ?
On a deux approches différentes. Le francophone aime beaucoup observer. Quand il y a une innovation, l’esprit anglophone a tendance à aller très vite découvrir comment ça marche et se l’approprier. Le francophone, lui, il a une autre approche. Il observe pour voir comment ça évolue. Il se pose mille questions. Est-ce qu’il n’y a pas de problème dedans ? Nous, francophones, nous sommes un peu lents à l’innovation, on hésite avant d’acheter ce qui est nouveau.
N’est-ce pas la stabilité du FCFA qui explique cela ?
La stabilité de la monnaie, c’est aux États-Unis. Si on veut parler de stabilité, on se compare à l’économie américaine. Eux, ils ont le dollar qui est assez stable. Il y a l’Union européenne avec l’euro qui est une monnaie stable. Je ne sais pas comment comparer la stabilité de notre monnaie CFA à ces zones qui sont plus stables que nous. Les États-Unis sont une grande économie, très stable. Et malgré leur stabilité, ce sont eux qui adoptent beaucoup plus la cryptomonnaie aujourd’hui.
Si vous suivez un peu de l’actualité, Donald Trump a fait en sorte que, même au niveau de la FED, le Trésor américain, et des institutions financières américaines, ils puissent intégrer la crypto dans leur système. Donc, la stabilité de notre FCFA ne peut pas justifier le fait que les populations de la zone UEMOA aient une certaine réticence vis-à-vis de la crypto et craignent de l’adopter. C’est plutôt parce que les francophones sont lents à s’approprier l’innovation.
Entretien réalisé, à Dakar
Par K. Bruno



































