Il faut s’attendre à l’élaboration d’une stratégie fintech de la région UEMOA, dans les mois ou années à venir. Le Forum des fintech de la région qui se tient à Dakar sert d’espace pour un plaidoyer. La finalité est d’élever 10 fintech leaders d’ici à 2030. Mais, ce ne sera de tout repos, au regard des défis. Ce forum se tient autour du thème : « Bâtir une stratégie fintech régionale pour transformer les économies locales dans la durabilité et l’inclusion »
A l’ouverture du 7ème Forum des fintech de l’UEMOA ou Next Fintech Forum, ce jeudi 20 novembre 2025, à Dakar, Azalaï Hôtel, Ange Mancabou, coordonnateur de la direction générale du secteur financier du Sénégal, a émis un vœu : « Notre souhait, c’est de voir émerger au moins 10 fintechs régionales leaders dans l’espace UEMOA, d’ici à 2030 ». Pour y arriver, il suggère que les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine adoptent une stratégie fintech régionale.
Une stratégie fintech régionale à construire
« Le lancement le 30 septembre 2025 de la plateforme interopérable du système de paiement instantané PI-SPI de l’UEMOA développée par la Banque centrale (BCEAO) et la reconnaissance du statut des établissements de paiement des fintech, à travers l’instruction 01-01-24 de la Banque centrale sur les établissements de paiement, place l’UEMOA à un tournant décisif », soutient Ange Mancabou.
Et il en donne les raisons. Il s’agit, selon lui, d’harmoniser les cadres réglementaires pour faciliter l’exercice de la profession. Ensuite, garantir l’interopérabilité complète des services dans les 8 pays de l’UEMOA d’ici à 2027. Et enfin, sécuriser les flux financiers, rendre la région plus attractive pour les investisseurs.
Les objectifs, pour les Etats membres de l’Union, à travers la stratégie fintech régionale à construire, explique le coordonnateur, sont de structurer les écosystèmes fintech locaux, renforcer les compétences et les talents, soutenir les start-ups, digitaliser au moins 60% des services administratifs d’ici à 2028, inclure 90% de la population régionale d’ici à 2030, conformément au document-cadre de politique et de stratégie régionale d’inclusion financière.
Il reste, toutefois, à relever, autour de la stratégie fintech régionale, le défi de la cybersécurité dans le développement des solutions fintech. C’est que la transformation de l’écosystème s’accompagne de risques. Surtout que les données régionales montrent une nette hausse des cyberattaques en Afrique de l’Ouest, avec certains pays qui enregistrent « jusqu’à plus de 50% d’incidents déclarés en 2024 ».
Risques : cyberattaques, fraudes, les flux financiers illicites, blanchiment de capitaux, atteintes aux données personnelles
« Au niveau des moyens de paiement, un rapport de la BCEAO fait état d’un nombre élevé de cas de fraude recensés sur un semestre, portant sur plusieurs centaines de millions de francs CFA dans le domaine du mobile money. Sur les services financiers numériques, des enquêtes montrent que près d’un tiers des utilisateurs, dans certains pays de l’UEMOA, déclarent avoir été confrontés à des tentatives de fraude ou d’escroquerie sur des canaux digitaux. Le GIABA, qui couvre l’espace CEDEAO, met en évidence des liens étroits entre la cybercriminalité et le blanchiment d’argent, avec des typologies couvrant des fraudes sur cartes, des escroqueries en ligne, des fraudes sur le mobile money, etc. », déplore le coordonnateur de la direction générale du secteur financier du Sénégal.
Pour lui, ces chiffres montrent que les cyberattaques, les fraudes massives, les flux financiers illicites liés aux activités non régulées, les atteintes aux données personnelles, les risques de LBCFT (Lutte contre le blanchement des capitaux, le financement du terrorisme transfrontalier) sont des menaces non-théoriques « qui pèsent sur la stabilité financière, la confiance des populations, et la réputation de nos marchés ».
Face à ces menaces, il explique que les 8 pays de l’UEMOA, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Togo, Benin, Burkina Faso, ne restent pas sans réaction.
Fintech dans l’UEMOA : 213 millions de transactions, 15.000 milliards FCFA
Bien au contraire, en collaboration avec la Banque centrale, l’OQSF (Observatoire de la qualité des services financiers), les agences nationales de sécurité, les autorités judiciaires, et les ministères des finances, ils intensifient leurs actions dans le sens du renforcement de la conformité LBCFT, la sécurisation des infrastructures de paiement, la surveillance des flux financiers numériques, la protection des consommateurs et des données.
« Nous sommes disposés à appuyer cet écosystème. Mais, l’avenir des fintechs doit se construire autour d’un écosystème plus sûr, inclusif, interopérable, conforme et innovant », prévient-il.
En 2024, les fintech de la zone UEMOA ont enregistré, selon les données du ministère des Finances du Sénégal, 213 millions de transactions, d’une valeur de 15 700 milliards de francs CFA.
La monnaie électronique contribue ainsi désormais pour 56% de l’inclusion financière dans l’UEMOA. Next Fintech Forum est organisé par l’Alliance Fintech UEMOA dont le président Alex Sea a bénéficié du soutien du Luxembourg. Ce pays figure dans le Top 3 des places financières dans le monde pour les fonds d’investissement avec 130 banques internationales.
K. Bruno
Envoyé spécial à Dakar pour Digitalmag.ci




































