Starlink au Sénégal / Levier d’inclusion numérique ou risque pour la souveraineté numérique ?

Entre réduction des zones blanches et inquiétudes sur la souveraineté numérique, l’arrivée de Starlink relance le débat au Sénégal.

Accès à internet/Starlink en Côte d’Ivoire : Coûts, technologie, régulation…

Accès à internet/Starlink en Côte d’Ivoire : Coûts, technologie, régulation…

Dans un message publié sur son compte   X, le milliardaire américain, Elon Musk, a annoncé, le mercredi 4 février, l’arrivée au Sénégal de Starlink. Starlink est un service d’Internet par satellite, porté par son entreprise SpaceX.

Il permet de couvrir les zones rurales et enclavées. Si le gouvernement sénégalais a milité pour cette solution afin d’éradiquer les « zones blanches » et « accélérer l’inclusion numérique » d’ici à fin 2026, des experts en cybersécurité perçoivent une avancée technologique, mais craignent pour la souveraineté numérique du pays.

Starlink, une solution pour réduire la fracture numérique

Expert en numérique, Mandiaye Diallo estime que Starlink constitue « un avantage majeur »  pour le pays. « Le Sénégal subit de plein fouet un apartheid numérique. Dans les zones connectées (Dakar), l’achat de données est extrêmement coûteux au regard du PIB par habitant, tout en étant moins performant que dans les pays occidentaux (…) Si Starlink permet réellement de réduire cet apartheid numérique, en améliorant l’accès au signal et en baissant le coût des données, cela représenterait un privilège majeur pour le Sénégal », a-t-il expliqué à Digital Mag.

Fondateur de Polaris Secure Technologies (cabinet de conseil en cybersécurité), Malick Fall croit, quant à lui, que Starlink peut être un « levier potentiel de réduction de la fracture numérique », dans un pays où près de 40 % de la population n’a toujours pas accès à Internet.  Selon lui, l’intérêt de Starlink réside dans sa capacité à « corriger les inégalités structurelles », en assurant une « couverture plus homogène du territoire national ».

Starlink, un danger pour la souveraineté numérique ?

Toutefois, selon Mandiaye Diallo, la médaille a un revers : Starlink représente « un risque réel » pour la souveraineté et l’économie sénégalaises. Il explique que l’entreprise d’Elon Musk repose sur une infrastructure satellitaire. « Il n’y aura donc aucun réseau local à construire, aucune fibre à déployer. Tout est externe. De plus, très peu de techniciens locaux seront impliqués, contrairement aux opérateurs nationaux comme Orange, qui restent créateurs d’emplois. Starlink entraînera donc une quasi-absence de création d’emplois significatifs au Sénégal », a-t-il précisé.

Il croit aussi que Starlink va provoquer « le comble de la dépendance » du Sénégal vis-à-vis de l’extérieur. « Nous ne maîtrisons ni l’infrastructure physique, ni l’infrastructure numérique, ni le cadre juridique. Nous devenons dépendants d’un magnat privé qui n’a jamais caché son idéologie d’extrême droite, souvent teintée de racisme, et qui dépend lui-même d’une puissance étrangère », a-t-il ajouté.

De son côté, Alex Corenthin, expert-consultant en systèmes et technologies de l’information, prévient que « laisser Starlink maître du jeu d’une partie de la connectivité est un risque majeur pour l’indépendance » du Sénégal, précisant que « la souveraineté technologique est un facteur clé dans ce dossier ». Le spécialiste a aussi rappelé  que « l’information sur le régime de licence accordée à Starlink pour opérer au Sénégal n’a pas été partagée », ce qui constituerait « un risque », surtout que l’entreprise d’Elon Musk « relève du droit américain et non du corps réglementaire sénégalais ».

« Starlink ne doit jamais devenir la colonne vertébrale numérique du Sénégal »

En revanche, pour Mandiaye Diallo, « il ne s’agit pas de rejeter la technologie » de Starlink. Il appelle plutôt à être « stratégique et lucide », en privilégiant les intérêts du pays. « Cette technologie peut être potentiellement très dangereuse si elle est adoptée sans vision d’ensemble. Starlink ne doit jamais devenir la colonne vertébrale numérique du Sénégal. Elle doit être une solution d’appoint, encadrée, limitée dans le temps», a-t-il plaidé. En ce qui le concerne la conciliation innovation numérique et intérêts locaux,  Alex Corenthin est plus catégorique : « Il faut promouvoir des champions technologiques endogènes, quel qu’en soit le coût ».

Au Sénégal, il existe « 540 zones blanches où la couverture est nulle à travers 700 localités » pour des impacts considérables sur 7 millions de personnes non connectées, selon le ministre de la Communication, des Télécommunications et des Technologies numériques, Alioune Sall. Le déploiement de Starlink vise à faire du pays « une société numérique, à forte valeur ajoutée », en 2034.

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