Start-up, numérique et souveraineté technologique : à VivaTech 2025, à Paris la Côte d’Ivoire expose son ambition de devenir un hub digital en Afrique.
Parmi les 160 nations représentées au Salon VivaTech qui a ouvert à Paris, le mercredi 11 juin, la Côte d’Ivoire entend bien tirer son épingle du jeu. Habituée des rendez-vous internationaux, à l’instar du salon de l’agriculture, Abidjan capitalise sur ces espaces de rencontre afin de promouvoir son économie. L’enjeu est palpable pour un pays qui se veut moteur en Afrique de l’Ouest. Cette année, les autorités embarquent dans leurs valises une cohorte de 20 startups, pensée comme la vitrine du potentiel ivoirien.
Sortir d’une économie centrée sur l’agriculture
« J’espère que vous rentrerez les bras chargés de financements », adressait, récemment, le ministre ivoirien de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré à l’attention des startups retenues. Leurs représentants ont l’officieuse mission de défaire l’image d’une sous-région centrée sur le secteur primaire, où les investissements demeurent périlleux. À ce jeu, la Côte d’Ivoire peut se targuer d’une croissance projetée à 6,5 % pour 2025, et d’un PIB auquel les technologies de l’information et de la communication contribuent déjà à hauteur de 10 %.
À l’issue de VivaTach 2024, quatre entreprises avaient levé des fonds quand sept autres sont en discussion. Une opportunité de financement complémentaire d’autres initiatives. Pour stimuler son écosystème national dénombrant peu ou prou 300 startups, le gouvernement porte parallèlement le fonds Boost Capital. Doté d’une enveloppe de 2 milliards FCFA, l’État prête aux projets les plus innovants contre un taux d’emprunt de 8 %.
Les solutions des startups ivoiriennes emportées à VivaTech 2025
Les jeunes entreprises représentées à VivaTech s’attaquent à des problématiques concrètes. « L’occasion leur est ici donnée d’entrer en relation avec des investisseurs venus du monde entier », commente confiant Ibrahim Kalil Konaté, ministre de la Transition numérique et de la Digitalisation.
- EnvoyX propose, par exemple, de fluidifier l’interaction entre prestataires de santé et assureurs, souvent rendus responsables de lourds retards de paiement. Soit un défi supplémentaire posé à des systèmes de santé déjà fragiles en Afrique de l’Ouest.
- La startup O’Marigot souhaite, quant à elle, faciliter l’investissement dans les projets de pisciculture qui connaissent un engouement certain en Côte d’Ivoire. Depuis son ordinateur, le client peut choisir une parcelle aquacole, l’espèce de poisson à élever et suivre l’évolution de sa ferme jusqu’à la vente de la production.
- Destinée aux professionnels du bâtiment, l’application Blok entend centraliser les achats de produits de base, offrant un comparatif des prix en temps réel ainsi qu’une livraison sur chantier.
Le gouvernement ivoirien défend sa vision digitale à VivaTech
Mais derrière cette vitrine, le gouvernement ivoirien tente aussi de défendre sa vision en matière de digital. « La Côte d’Ivoire numérique se construit en silence », affirme-t-on du côté des officiels. D’ici à 2030, Abidjan souhaite en effet doubler la part de son PIB relevant de ce secteur. Pour y parvenir, l’État s’est doté d’une stratégie nationale du numérique, soutenue par plusieurs bailleurs dont la Banque africaine de développement qui a engagé un financement de 45 milliards FCFA destiné à digitaliser l’administration publique ivoirienne à travers le PARAE.
Sur ce point, le ministère réitère sa promesse d’une « administration zéro papier » à horizon cinq ans. Un engagement tenable sous réserve de conditions. Si 75 % des Ivoiriens ont aujourd’hui un accès stable à internet, le chiffre chute aux environs de 50 % en milieu rural. Là aussi, les autorités font le pari d’une Côte d’Ivoire sans zone blanche d’ici 2028, la couverture réseau étant déjà considérable en comparaison d’autres pays de la sous-région.
VivaTech, une répétition générale avant Ivoire Tech Forum
La participation à VivaTech 2025 sonne également comme une répétition générale. En juillet prochain, Abidjan organisera, en effet, son propre événement dédié à l’économie numérique et baptisé Ivoire Tech Forum. Le ministre Ibrahim Kalil Konate parle, dans ce sens, de pendant du salon parisien en Afrique, avant d’ajouter que « la Côte d’Ivoire veut être un hub du numérique sur le continent ». Dans la proche banlieue d’Abidjan, un centre IA couplé à un puissant calculateur informatique devrait voir le jour.
Même musique pour ces « centres opérationnels de cybersécurité », dont l’État projette d’en déployer six sur l’ensemble du territoire national. Au sujet des data centers, le ministre de la Transition numérique et de la Digitalisation se montre plus prudent, soulignant le caractère énergivore de telles infrastructures. La question revêt pourtant un enjeu crucial en matière de souveraineté numérique, l’Afrique totalisant moins de 2% de ces espaces de stockage.
Si Abidjan tente de vivifier son secteur digital, c’est que le besoin de diversification de son économie est urgent. Le pays longtemps fondé sur une agriculture de rente est confronté à l’essoufflement des rendements – notamment pour le cacao – ainsi qu’à une pression foncière accrue en zone rurale. En guise de réponse, le gouvernement actuel met l’accent sur des secteurs alternatifs tels que l’énergie, l’industrie extractive, mais aussi le numérique.
(Source : Le Point Afrique)



































