D’Izicab, Africab à Yango, Uber, Heetch, l’histoire des véhicules de transport avec chauffeur (VTC) est palpitante. Retour sur les grandes avancées dans le secteur du transport connecté.
4,3 millions, c’était le nombre d’habitants à Abidjan selon le recensement général de 2014, soit environ 20 % de la population totale du pays. À cette époque, se déplacer dans la capitale économique relevait du parcours du combattant. Il fallait composer avec la flotte vieillissante de la Société des transports abidjanais (SOTRA) et ses lignes irrégulières ou affronter les sautes d’humeur des apprentis des vétustes minibus communément appelés gbaka.
2015, un départ en trombe
Pour ceux qui recherchaient un peu plus de confort et de prestige, il restait les taxis orange intercommunaux, dits taxis-compteurs. Là encore, rien de simple. Il fallait héler un taxi depuis le trottoir, négocier le tarif, espérer que le compteur fonctionne correctement, croiser les doigts pour un trajet sans accroc et, cerise sur le capot, éviter un accrochage verbal pour une histoire de monnaie. Visiblement, un besoin de modernisation des transports publics s’imposait. C’est ainsi qu’est arrivé le système des VTC. Fort de ce que cette solution digitale avait révolutionné la mobilité dans d’autres pays, des entrepreneurs ivoiriens ont décidé de se lancer dans ce business en 2015.
Izicab est la première à ouvrir le bal en janvier 2015. Sa cible était les entreprises, via une plateforme de mise en relation entre chauffeurs et utilisateurs. Malgré son statut de pionnière, elle reste dans l’ombre de Taxi Jet, lancée la même année. À sa tête, Parfait Ouattara, un entrepreneur ivoirien qui revendiquait en 2019 quelque 35 000 personnes connectées sur la plateforme. Toujours en 2015, Drive voit le jour, elle aussi 100 % ivoirienne. Mais l’aventure est de courte durée. En décembre 2016, elle est rachetée pour 120 millions FCFA par Africab, son principal concurrent.
Arrivée des « game changer » (Yango, Uber, Heetch)
Africab, justement, avait lancé ses opérations en avril 2016, avec une flotte de 60 véhicules destinés à la fois aux entreprises et au grand public. C’était l’époque des ambitions. Pourtant, Izicab, Taxi Jet, Drive et même Africab finiront par connaître le même sort : un échec cuisant. Fin 2017, début 2018, le secteur des VTC est à l’agonie. Les chauffeurs retournent progressivement aux taxis traditionnels.
Et puis, de façon inattendue, le 4 octobre 2018, tout change. Yango, filiale de Yandex, débarque en Côte d’Ivoire avec des courses à partir de 200 FCFA. C’est un « Game changer ». Le marché redémarre, les espoirs renaissent. Cette année-là, Africab résiste encore avec 146 véhicules. Un an plus tard, le 5 décembre 2019, c’est au tour du géant Uber de faire son entrée officielle sur le marché ivoirien. L’entreprise qui observait le terrain depuis 2016, lance finalement son offre premium. Mais la concurrence est rude. En juin 2020, Vangsy Goma, fondateur d’Africab, annonce la faillite de sa société. Et pour cause, des investissements non amortis face à un marché devenu « de plus en plus concurrentiel ». Hélas !
L’échec des sociétés ivoiriennes de VTC
Malgré tout, le marché ivoirien du VTC poursuit son chemin. De nouveaux emplois sont créés. Le besoin d’une réglementation claire est pressant. Le 15 décembre 2021, le gouvernement adopte enfin un décret pour encadrer l’activité. Celui-ci précise les conditions d’accès et les modalités d’exercice pour assainir le secteur. Dans la foulée, d’autres acteurs tentent leur chance. Le 30 mai 2022, la plateforme française Heetch entre dans la course. La même année, Treize Taxi, Woyo, Choco Taxi, toutes des initiatives ivoiriennes, voient le jour, mais finissent les quatre roues en l’air.
Le 31 décembre 2023, une autre startup locale, Go’Babi, se lance avec l’ambition d’être le leader du VTC en Côte d’Ivoire. L’intention est bonne, mais pas assez de carburant. Enfin, le 11 novembre 2024, inDrive fait son entrée sur le marché. Bien que l’application soit encore en version bêta et non officiellement lancée, elle parvient à se faire une place et titille déjà le trio Yango, Uber, Heetch. Mais, inDrive et tous les autres opérateurs dans son cas sont rappelés à l’ordre par l’Autorité de régulation du transport intérieur (ARTI). Dans un communiqué daté du 29 janvier 2025, celle-ci indique que seules ces trois plateformes sont officiellement autorisées à opérer.




































