A la clôture du projet Employment4Youth, porté par l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), Tiémoko Traoré, coordonnateur national du projet, est revenu, dans cette interview exclusive sur les objectifs du programme, les défis rencontrés et les premiers résultats enregistrés en matière de compétitivité des entreprises ivoiriennes.
Que contient le projet Employment4youth ?
D’abord, il faut savoir que c’est la phase pilote du projet. Le projet a démarré en 2022. On a fait le lancement officiel du projet ici même, à Noom Hôtel, le 10 novembre 2022, en présence de la directrice adjointe de l’ONUDI, du ministre du Commerce et de l’Industrie, ainsi que du ministre en son temps chargé de l’Economie numérique. Donc, depuis 2022, nous nous efforçons de mettre en œuvre toutes les 6 composantes du projet ici en Côte d’Ivoire, de permettre, en tout cas à l’écosystème ivoirien d’en bénéficier. Le projet, on l’a appelé Employment4Youth, le chiffre 4 qui fait référence à l’Industrie 4.0, afin de permettre aux jeunes ivoiriens de profiter de toutes les opportunités d’emploi décent qu’offre la transition vers le numérique, qui est en réalité la 4e révolution industrielle.
À qui s’adresse ce projet ?
Le projet s’adresse à toutes les couches. Quand on a fait l’évaluation de la cartographie de l’écosystème, on a identifié trois niveaux. Un niveau macro, qui est composé des institutionnels, des acteurs publics, des acteurs étatiques et agences gouvernementales qui prennent des décisions stratégiques, donc aussi le patronat qu’est la CEGCI, la Chambre du commerce et d’industrie qui intervient au niveau stratégique.
Ensuite le niveau mezzo, qui est le niveau de tous les acteurs d’accompagnement, d’encadrement des entreprises, à savoir les acteurs de la formation, de la normalisation et de la propriété intellectuelle de l’ensemble des acteurs identifiés au niveau macro. Enfin, on a les acteurs qui au cœur même de cet écosystème, sont les entreprises industrielles et celles qui peuvent leur apporter les technologies de l’industrie 4.0, qu’on appelle les fournisseurs de technologies.

Donc, c’est un projet qui s’adresse pratiquement à l’ensemble des couches de la population, en particulier les jeunes, les femmes, les entrepreneurs et même les membres de la diaspora, qui, avec le savoir-faire qu’ils ont pu glaner à l’extérieur, peuvent contribuer à la formation et à la mise en œuvre de ce projet.
Quels ont été les défis rencontrés lors de la mise en place de ce projet ?
On a démarré dans un contexte de méconnaissance du sujet. Donc, le plus gros défi, c’était l’acculturation. Permettre aux acteurs, que ce soit les entreprises, les décideurs et les bénéficiaires finaux de faire partie du projet. Personne ne savait exactement de quoi on parlait, quand on disait industrie 4.0. Ils avaient entendu parler de quatrième révolution industrielle, mais personne ne savait exactement ce que c’était. Il fallait surmonter cette barrière de la connaissance du sujet au niveau des décideurs. Je me souviens que, lors des premiers ateliers, les entreprises qui sont censées connaître le sujet, nous répétaient que c’était de l’idéal, de l’utopie. On devait les rassurer que c’était à leur avantage et qu’il fallait en profiter.
Au cours de ces 3 années, comment les entreprises accompagnées ont-elles évoluées en termes de compétitivité ?
Aujourd’hui, ce serait difficile de mesurer cet impact-là en termes de compétitivité. Mais ce qu’il faut pouvoir retenir, c’est surtout en termes de mindset. Quand on démarrait, certains nous disaient : « C’est quoi ? Vous allez faire quoi ? Vous allez nous donner des machines ? » On leur a expliqué qu’on allait essayer de transformer leur façon de faire à partir du numérique et à partir des nouvelles technologies. Et aujourd’hui, vraiment, au cours de ces 3 années, toutes ces entreprises ont pu comprendre effectivement ce que cela pouvait leur apporter.
Certains nous ont dit : « Aujourd’hui, j’écoule mes produits sur les réseaux sociaux, mais je n’arrive pas à mesurer comment calibrer les approvisionnements par rapport à la demande ». En mettant en place un système numérique léger, on peut leur permettre d’assurer un système de traçabilité de leur production depuis l’approvisionnement jusqu’au produit final, ce qu’elles ont fini par comprendre. Les entreprises et bénéficiaires du programme ont été bien mobilisés aujourd’hui, comme vous pouvez le constater. Elles comprennent que ce sont des éléments qui peuvent leur permettre d’accroître, au-delà de leur compétitivité, leur marge et d’avoir une croissance beaucoup plus forte.
Un exemple de réussite suite à ce projet ?
L’exemple de réussite qu’on peut citer, c’est surtout l’exemple de ces jeunes personnes formées au niveau de l’INPHB et des entreprises bénéficiaires. Ceux qui ont été formés au niveau de l’INPHB et de l’ESATIC, ils sont 14. Mais au-delà, nous avons formé plus de 900 personnes, pratiquement 1000 personnes, à travers toute la Côte d’Ivoire. Cette formation de licence professionnelle s’est adressée à ces jeunes-là. Mais à côté, nous avons pu toucher plus de 900 personnes à travers des mécanismes de formation à distance, des plateformes techniques et performantes. Et donc 150 ont pu achever tout le parcours qui leur permet aujourd’hui, en entreprise, de pouvoir réaliser des prestations en industrie 4.0.
Quels sont les indicateurs du projet en termes d’impact sur la compétitivité des jeunes ?
L’impact réel du projet ne pourra être mesuré que dans les prochaines années. Nous avons posé les fondations avec la formation des formateurs (23 dans l’enseignement technique et la formation professionnelle et 16 dans l’enseignement supérieur) sur la base, d’une part, des modules industrie 4.0 conçus pour les apprenants en fin de cycle BT et BTS, et, d’autre part, de la maquette pédagogique de la licence industrie 4.0. Nous avons également offert quelques équipements pour soutenir ces formations spécialisées. Au finish, au bout de l’année scolaire et universitaire en cours, ce sont, pas moins de 1000 jeunes qui auront vu leur employabilité boostée. Au regard de l’intérêt des entreprises pour leurs profils. Les études d’impact confirmeront certainement que tous ces 1000 jeunes ont décroché des emplois décents et durables.
Entretien réalisé par Ornella Izaï




































